Sainte Julie et Françoise, Sœurs de Notre-Dame, deux amies et éducatrices

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Françoise Blin de Bourdon (Mère Saint-Joseph de 1816 à 1838)

Voici l’histoire d’une grande amie de Julie Billiart, Françoise Blin de Bourdon, sans qui la congrégation n’aurait jamais vu le jour !

Un des dons que la congrégation considère comme le plus précieux est le fait qu’elle soit née d’une profonde amitié entre deux femmes.  C’est une de ces amitiés qui peuvent figurer parmi les grandes amitiés dans la vie religieuse. 

Françoise possédait une immense capacité d’amitié.  Nous allons surtout parler de celle qui l’unissait à Julie.

L’histoire de 22 ans d’amitié entre Julie et Françoise (entre 1794 et 1816)

Nées au milieu du 18ème siècle (Julie en 1751 et Françoise en 1756), dans le Nord de la France, dans des milieux fort différents, les 40 premières années de leur vie ne se ressemblent pas par les circonstances extérieures, mais offrent de grandes similitudes au niveau de leur engagement envers le Seigneur.  Elles avaient une vie intérieure très riche.  Julie meurt en 1816, après 22 ans d’amitié et de travail commun.

La congrégation des Sœurs de Notre-Dame de Namur est fondée sur une amitié IMPRÉVISIBLE entre deux femmes françaises très DIFFÉRENTES [Julie et Françoise étaient différentes en caractère : la première joviale, extravertie ; l’autre plus discrète ; elles étaient aussi différentes de par leur origine et leur éducation : l’une est d’un milieu modeste et a été à l’école du village et l’autre est de la haute noblesse aristocratique avec une bonne éducation.  Pourtant nous verrons que Julie et Françoise se ressemblent par la manière de vivre pour le Seigneur].

1. Vie de Françoise Blin de Bourdon avant sa rencontre avec Julie

En quatre mots : Aristocratie, bonne éducation, châtelaine et carmel

  • Aristocratie : Une naissance noble dans une famille aisée, fruit de l’union entre les Blin de Bourdon et les Fouquesolles

La famille de Françoise était l’une des plus anciennes de Picardie, dans le Nord de la France.  Son histoire remonte au onzième siècle.  Au Moyen-âge il y avait un dicton à propos de son nom.  Quand quelque chose était bon, les gens disaient que c’était “bon comme un Blin.”

Portrait de Françoise Blin de Bourdon, demoiselle de Gézaincourt.

Lorsque ses parents se marient en 1748, son père, Pierre-Louis Blin de Bourdon avait 42 ans et sa mère, Marie-Louise-Claudine de Fouquesolles en avait 17.  Née le 8 mars 1756, et précédée par un frère Louis-Marie-César et une sœur Marie-Louise-Aimée, elle était la troisième et dernière enfant. Baptisée le lendemain de sa naissance, en la fête de Ste Françoise Romaine. Agée seulement de 25 ans et avec deux autres enfants de deux et trois ans, la maman de Françoise fut encouragée à laisser le nouveau-né au manoir de ses parents à Gézaincourt, une vaste et belle maison de campagne avec des jardins (30 km d’Amiens). A part quelques séjours à Bourdon où ses parents possèdent le château, elle passe son enfance à Gézaincourt, chez ses grands-parents maternels, le baron et la baronne de Fouquesolles.  La grand-mère de Françoise, avec l’assistance d’une gouvernante, Mademoiselle Ursule, introduisit la jeune enfant dans ses premières expériences d’éducation, à la fois religieuses et laïques.  Françoise est élevée dans l’amour.  Elle était une petite fille obstinée et têtue.

  • Education raffinée :

A l’âge de 6 ans, Françoise devint pensionnaire chez les Bénédictines à Doullens.  C’est là qu’elle reçut la confirmation à l’âge de 8 ans.  En 1768, elle fut envoyée pour deux ou trois ans chez les Ursulines à Amiens pour parfaire son éducation.  A l’âge de dix-neuf ans, pour préparer ses débuts dans la société française, elle fréquente les salons de Paris et est présentée à la Cour de Versailles.  Elle fut une amie de la sœur du roi Louis XVI, Madame Elisabeth.

Illustration T.J. Bond dans Mother St. Joseph by SND, Sands and Co, Glasgow, 1964.

Françoise a 25 ans quand sa sœur et son frère se marient.  A l’âge de 25 ans, elle est maintenant seule avec ses parents à Bourdon.  C’est une souffrance pour elle car elle s’entendait bien avec son frère qui était un véritable ami et confident.  Celui-ci s’établit à Amiens où il achète un hôtel rue des Augustins.

Trois ans plus tard, elle a 28 ans : son grand-père maternel et sa mère décèdent (son grand-père le 24 février 1784 et sa mère le 2 avril).  Sa mère avait 53 ans ; elle est morte 10 mois après un accident de voiture.

Françoise a beaucoup souffert de ses disparitions.

  • Châtelaine et Carmel :

Françoise ne reste pas longtemps avec son père car son devoir l’appelle à Gézaincourt.  Elle doit aider sa grand-mère et assumer ses devoirs de châtelaine du vaste domaine. Elle fait le don d’elle-même à sa grand-mère, aux villageois, elle devient distributrice des aumônes aux plus pauvres.  Là, elle administre le domaine et ses vastes dépendances. Elle visite aussi les malades et les soigne au moyen de plantes médicinales qu’elle cultive; les villageois demandent volontiers conseil à la « bonne demoiselle ». Le curé de la paroisse affirma plus tard que Françoise allait chaque jour à la messe, priait longuement et communiait souvent. [Françoise sans le savoir se préparait à gérer la future congrégation, à devenir bonne gestionnaire afin de prendre les bonnes décisions pour accroître l’Institut  – cfr. Mémoire de Cécile Dupont en vue de l’obtention d’un master en histoire : Les SND de Namur, entrepreneures de l’éducation (1804-1842), Louvain-la-Neuve, 2014].
On a trouvé dans ses écrits des notes qui montrent un engagement très profond envers Dieu.  Dans ses notes personnelles, elle avait écrit, en 1783, « demi-conversion, lumière imparfaite » et, en 1785 (à 29 ans), « Conversion entière. Résolution invariable d’écarter tout ce qui m’éloignerait de ma fin ». Elle souhaitait entrer au Carmel.

En 1789, la Révolution éclate.  Françoise, à cause de son origine sociale, souffrira terriblement de la Révolution française.

Illustration T.J. Bond dans Mother St. Joseph by SND, Sands and Co, Glasgow, 1964.

En 1793, les membres de la famille Blin de Bourdon (le père –âgé de plus de 80 ans-et le frère de Françoise), dont certains sont accusés à tort d’avoir fui le pays, sont emprisonnés.  En février 1794, Françoise est arrêtée, à la place de sa grand-mère –qui meurt le 18 mars-, et conduite à la prison d’Amiens.  Vu l’encombrement des maisons d’arrêt, on propose aux prisonnières d’être transférées chez les Carmélites, retenues captives dans leur monastère.  Seule Françoise accepte. [Françoise ne les rencontrera pas mais elle dit les entendre prier].  Ce n’est qu’après la mort de Robespierre qu’ils seront tous libérés les 3 et 4 août 1794 ; Françoise rejoint alors son frère à l’hôtel Blin, à Amiens. Le Vicomte part pour Bourdon ; Françoise reste un an à Amiens.
C’est là qu’elle va rencontrer Julie.
Quelques mots sur la vie de Julie :
Julie, quant à elle, souffre terriblement de la Révolution française à cause de sa fidélité à l’église et sa grande foi. Contrainte de fuir son village qu’elle n’avait jamais quitté.  A 40 ans, paralysée, ayant perdu l’usage de la parole, ayant connu plusieurs domiciles à Gournay-sur-Aronde et à Compiègne, elle fut recueilli en octobre 1794 par une aristocrate connue à Cuvilly, la comtesse Baudoin. 

2. La rencontre

Peu de temps après l’arrivée de Julie à l’hôtel Blin (cfr. thème du mois d’avril), Madame Baudoin propose à Françoise de rencontrer Julie.  Françoise qui n’avait pas trop d’occupation accepte.

Bande dessinée de Julie Billiart, éditions du Signe, 2000.

Françoise devait écrire plus tard dans ses Mémoires au sujet de leur rencontre :

« Cette demoiselle (Françoise), qui n’avait pas bcp d’occupations, voulut bien faire connaissance avec la malade ; mais, ne pouvant pas entendre le langage de l’infirme, il semble que ces visites ne devaient pas avoir bcp de charme pour elle… Cette demoiselle finit, contre toute apparence de raison naturelle, à s’y attacher au point que l’on verra par la suite. »

Julie s’attache tout de suite à Françoise.  Elle l’avait déjà vue dans une vision (voir le thème du mois de mai) et la reconnaît. 

Au début, la rencontre entre Julie (43 ans) et Françoise (38 ans) est difficile ; Julie a de la peine à s’exprimer et Françoise ne la comprend pas.

C’est intéressant de voir que c’est Françoise qui se met au service de Julie.  Elle décide d’accomplir une œuvre de charité, un travail de compassion.  Selon Saint François de Sales, l’amitié n’est pas seulement un sentiment mais un effort résolu qui suit une décision.  Ce qui commence par un travail de compassion se transforma en l’un des plus beaux exemples d’amitié spirituelle entre deux femmes. 

Un des fondements de l’amitié est qu’elle croit avec le temps.  Très vite, donc, des liens d’affection se tissent entre les deux femmes.  Les visites deviennent de plus en plus fréquentes.  Toutes les deux avaient des affinités pour les choses spirituelles.

3. Dans la relation d’amitié entre Julie et Françoise, on peut voir 3 étapes. 

La première étape se situe entre 1794 et 1799.

L’amitié commence

  • avec une ressemblance entre les personnes (Les deux femmes avaient été mises à l’épreuve de la SOUFFRANCE aux moments cruciaux de la Révolution française – Julie paralysée et Françoise éprouvée par la mort de sa mère et de ses grands-parents et par une période de terrible emprisonnement.  Toutes deux étaient sorties de leurs épreuves avec une FOI RENFORCÉE et un engagement plus profond). 
    L’amitié entre Julie et Françoise est la seule vraie amitié comme le disaient les Anciens : celle basée sur le bien. Julie et Françoise se ressemblent dans cette vertu. Et il y a RÉCIPROCITÉ dans la reconnaissance mutuelle de la VERTU propre à chacune est évidente.  Il y a mutuelle bienveillance qui s’exprime par le fait de désirer l’amour de Dieu l’une pour l’autre.  C’est une « Amitié affectueuse centrée sur Jésus ».  Nous pouvons dire que dès le début l’amitié ente Julie et Françoise était d’ordre spirituel. 
    Saint Augustin écrit qu’il éprouverait le besoin d’approcher et de connaître une personne dont l’amour pour le Christ s’était prouvé face à l’épreuve ou la persécution, et de se lier d’amitié avec elle.  Tel était le cas pour Julie et Françoise dont l’amour pour le Christ s’était prouvé avant leur rencontre.

Bientôt, se forme autour de Julie une association pieuse. En plus de Françoise, les filles de Madame Baudoin invitent leurs amies, les demoiselles de Méry et Doria.  L’abbé Thomas, caché à l’hôtel Blin, anime le groupe et célèbre l’eucharistie.  Des enfants sont baptisés et confirmés dans la chambre de Julie.  Mais cette société n’eut qu’une existence éphémère.  Françoise restera la seule compagne de Julie.

Françoise reste un an à Amiens.

Entre 1795 et 1797, Françoise séjourne à Gézaincourt et à Bourdon près de son père malade.  Pendant ces deux années de séparation, Françoise et Julie s’écrivent de nombreuses lettres.  Françoise rentre à Amiens après le décès de son père.

On a conservé les lettres de Julie à Françoise : 33 lettres où l’on peut découvrir l’affection qu’elles se portaient.  Elles communiquaient leur amitié.  Et comme disait Saint François de Sales : le manque de communication (union des cœurs) peut mettre fin à l’amitié.

  • Julie devient vite la « Mère » dans leur correspondance.  Alors que Françoise est la personne dotée d’un statut social et la première à avoir offert son soutien, c’est Julie qui est devenue la directrice spirituelle en qui l’on a toute confiance. 

Après la mort de son père, Françoise était libre de se consacrer à Dieu comme elle le souhaitait.  Mais, elle avait des doutes quant à la forme du projet : elle hésitait à devenir Carmélite.  C’est alors que Julie lui fait part de ce qu’elle avait vu au cours d’une vision qu’elle avait eue quand elle se cachait à Compiègne : des femmes religieuses et parmi elles se trouvaient le visage de Françoise que Julie ne connaissait pas encore.  Françoise retourne confiante à Amiens.

Fin 1797, une nouvelle « Terreur » éclate. L’abbé Thomas, poursuivi jusque dans l’hôtel Blin, échappe à ses agresseurs le 15 juin 1799.  Le lendemain, le Père Thomas, Françoise, Julie et sa nièce Félicité se réfugient à Bettencourt.  Ensemble, ils évangélisent le village.  La santé de Julie s’améliore et elle commence à parler. 

Dans toute amitié, il y a une deuxième et une troisième phase :

  • Entre 1799 et 1803 (c’est la deuxième étape de leur relation d’amitié) : Période heureuse où elles vivent ensemble à Bettencourt  – les amies se communiquent leur vie intérieure et participent chacune aux qualités de l’autre.
    Importance de la communication : cfr Aristote : « Si des amis ne se pouvaient pas être présents l’un à l’autre et s’ils ne pouvaient pas communiquer entre eux, l’amitié finirait par mourir. »  L’amitié se travaille, prend du temps.

    Commence le temps de ce que Saint François de Sales appelait, « le doux combat » de l’amitié.  L’amitié nécessite de la franchise ; les malentendus sont inévitables (et il y en aura entre Julie et Françoise, notamment à cause de la distance entre elles et de leur échange de lettres quand l’une sera à Amiens et l’autre à Namur)

    L’amitié est renforcée par les nombreuses difficultés partagées, patience témoignée, tendresse, considération, partage des fardeaux.

    Le changement visible de la relation entre Julie et Françoise : de directrice et dirigée, elles passent à une égalité mutuellement reconnue.

En février 1803, le Père Thomas, Julie et Françoise rentrent à Amiens. Les deux amies accueillent des petites orphelines dans une maison modeste, rue Neuve.

– La troisième et dernière étape dans le développement de l’amitié véritable est sa perfection : l’union dans la diversité.  A ce stade, les amies se partagent leurs qualités les plus intimes, se communiquent chacun des aspects d’elles-mêmes, devenant un seul cœur, une seule âme.

Comme disait Aristote : « Une seule âme dans deux corps. »
Les témoignages abondent à propos de l’union évidente de Julie et Françoise qui étaient en harmonie totale malgré des différences frappantes de tempérament (cfr Mémoires Blin) : « La Mère Julie, par son humilité et par cette prudence chrétienne qui ne veut pas que l’on s’appuie sur soi-même, la consultait presque en toute chose.  Elle la regardait comme sa coopératrice et son amie et elles étaient très unies de cœur et d’esprit. »  « Le caractère de la Mère Blin était différent de celui de la Mère Julie mais comme elles étaient très unies, il n’y avait aucune diversité d’opinion. » Julie était plutôt extravertie, prompte à passer à l’action ; Françoise était réservée, introvertie.

Le 2 février 1804, Julie, Françoise et Catherine Duchâtel (qui décédera quelques mois plus tard) font leur vœu de chasteté et s’engagent à consacrer leur vie à l’éducation chrétienne. Elles prennent le nom de Sœurs de Notre-Dame et reçoivent une règle du Père Varin.  Françoise, comme il était de coutume à l’époque, prend le nom de Sœur Saint-Joseph.

Le 15 octobre 1805, Julie, Françoise, Victoire Leleu et Justine Garson prononcent leurs vœux de religion.  Le lendemain, Mère Julie est élue supérieure générale.  Le 19 juin 1806, les statuts de l’Association dite de Notre-Dame sont approuvés par Napoléon.  L’ouverture d’écoles gratuites est autorisée.  Françoise apporte sa richesse à la congrégation.

Un conflit éclate à Amiens avec le supérieur de la congrégation, l’abbé de Sambucy.  Il exige également de Sœur Saint-Joseph qu’elle lègue toute sa fortune à la seule maison d’Amiens.  Les deux fondatrices refusent ces propositions.  L’abbé de Sambucy influence habilement l’évêque d’Amiens, Mgr Demandolx et parvient à obliger Julie à quitter le diocèse le 12 janvier 1809.

Illustration T.J. Bond dans Mother St. Joseph by SND, Sands and Co, Glasgow, 1964.

Durant ce conflit, Françoise témoigne une grande amitié à Julie (partage des fardeaux).

Les premières Sœurs de Notre-Dame s’établissent à Namur, le 7 juillet 1807, à la demande de Mgr Pisani de la Gaude.  L’évêque de Namur les accueille avec grande sympathie et leur offre une maison près de l’évêché.  Sœur St-Joseph est nommée supérieure de la communauté.  Grâce à la fortune de Françoise, les Sœurs achètent une maison plus grande, rue des fossés (l’actuelle maison mère). Namur devient la maison mère des SND.  De nombreuses écoles sont fondées.

4. Après la mort de Julie [Après 22 ans d’amitié, Françoise vivra encore 22 ans sans Julie]

En 1816, après la mort de Mère Julie, Mère Saint-Joseph est élue supérieure générale et le restera jusqu’à la fin de sa vie.  Elle continue fidèlement l’œuvre de son amie ; elle rédige la règle, achève les fondations à Liège et à Dinant, crée celles de Thuin, de Verviers, de Philippeville et de Bastogne.

Son grand souci sera de garder l’unité de la congrégation sous le régime hollandais entre 1815 et 1830.  En interdisant à toute autorité étrangère d’enseigner, Guillaume Ier cause beaucoup de souci à Mère Saint-Joseph. 

  • Le Roi Guillaume fixe le nombre de sœurs autorisées dans chaque maison. 
  • Les Sœurs sont obligées de passer un examen devant la commission d’instruction.
  • Françoise veut démissionner comme supérieure générale en faveur d’une sœur d’origine flamande pour le bien de la congrégation.
    Finalement, en décembre 1824, elle reçoit le document de naturalisation et devient citoyenne des Pays-Bas.
    [Après lui avoir causé tant de souci, le Roi Guillaume Ier vient à Namur en 1829, il visite l’école et part en lui disant : « Madame, une femme comme vous ne devrait jamais mourir ! » (cfr. les annales de la congrégation)]
  • Entretemps, Mère Saint-Joseph avaient accepté la prise en charge d’hospices puisque les écoles n’étaient plus viables.
Mère Saint-Joseph et le Roi Guillaume Ier, illustré par T.J. Bond dans Mother St. Joseph by SND, Sands and Co, Glasgow, 1964.

En 1835, malgré l’opposition de certaines sœurs, elle conserve intact l’esprit de l’Institut.  C’est ce qu’on appelle la grande épreuve : une épreuve douloureuse qui venait de ses propres filles et qui a mis en danger l’existence de l’Institut.  Une religieuse a comploté la Réforme de la congrégation des SND (18 sœurs étaient dans le secret dont la maîtresse des novices).  Leur intention était d’établir deux catégories de membres (converses pour les travaux domestiques et de chœur pour l’enseignement).  Le but de cette nouvelle organisation était d’éduquer au pensionnat les jeunes filles de la haute société. 

Ce projet visait directement deux des trois points essentiels/fondamentaux de l’Institut :

– égalité entre les sœurs

– dévouement à l’instruction des pauvres

La conservation du gouvernement général avait déjà valu à Julie l’expulsion d’Amiens.

Avec l’aide de Sr Ignace Goethals, Mère Saint-Joseph sortit triomphante de la lutte mais au prix de grandes souffrances.  Trois sœurs quittèrent l’Institut ; les autres reconnurent leurs fautes et après une réparation publique, furent réadmises.

Françoise meurt à Namur, à l’âge de 82 ans (le 9 février 1838). 

5. Conclusion

Ce qui nous touche particulièrement chez Françoise, c’est le contraste entre cette femme de la noblesse qui tentait de vivre simplement [dans la congrégation, il n’y avait pas de distinction entre les sœurs converses et les sœurs de chœur).  Et ce n’était pas facile pour elle et pour sa famille.  A Amiens, quand elle allait en ville habillée avec le costume religieux, cela causait de l’embarras, de la gêne à sa famille.  Françoise était issue de la haute noblesse aristocratique mais elle n’a jamais utilisé sa fortune pour exercer une certaine influence, un pouvoir sur la vie des autres.  Comme l’explique Sœur Jo Ann Recker, son véritable pouvoir d’influence résidait plutôt dans son aptitude à transformer la vie des autres par l’amitié.  Et Françoise possédait une immense capacité d’amitié.  Elle avait cette aptitude unique à l’oubli de soi et au sincère souci du bien de l’autre : depuis sa grand-mère qu’elle aimait tant, son amie d’enfance (Jeanne de Franssu avec qui elle garda des liens jusqu’à sa mort), son amie Julie Billiart et sa chère Sœur en religion Sr Anastasie Leleu.  Elle était capable de voir le plus grand bien dans chaque personne qu’elle rencontrait.

Dieu attira Julie et Françoise ensemble pour quelque chose de spécial.  Il les amena à l’unité dans la diversité pour rendre possible le développement de l’Institut.

Que cet exemple d’amitié entre deux femmes puisse être source d’inspiration pour vous !

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Jo Ann RECKER (SNDdeN), PWPT « A treasure beyond price », FVP, 2016.

Jo Ann RECKER (SNDdeN), Julie, Françoise et notre héritage d’une amitié, Un trésor qui n’a pas de prix, Session Renouveau Julie, 1997.

Jo Ann RECKER (SNDdeN), Françoise Blin de Bourdon, Une femme d’influence, L’histoire de la co-fondatrice des SND de Namur, 2001.

Jo Ann RECKER (SNDdeN), “Très affectueusement, votre mère en Dieu”, Françoise Blin de Bourdon, French Aristocrat, Belgian Citizen, Co-Foundress of the SND de Namur (1756-1838), 2001.

Marie-Francine Vanderperre (SNDdeN), Julie et Françoise, 3 novembre 2008.

LAWLER, Magdalen (SNDdeN), Pistes pour redécouvrir la bonté de Dieu, 2004, pg 22.

POOLE, Myra (SNDdeN), Prayer, protest, power, 2001, pg 52-69.

Quelles sont les sources pour connaître cette amitié ?

  1. Mémoires de Mère St-Joseph
  2. Les premières lettres de Julie et les lettres en dialogue
  3. Témoignages de Sœurs les ayant connues

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