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Les réfugiés SDF ou immigrants

anglais

1_CitationPape

A cause des troubles liés à la Révolution française, Julie est contrainte de fuir son village natal en mai 1791.  A 40 ans, elle n’avait jamais quitté Cuvilly, ses parents et sa famille.  Durant trois ans, elle fuit et se cache.  Bien qu’elle reçoive la protection de quelques bienfaitrices qui prennent des risques énormes en la cachant et l’aide de sa nièce Félicité qui l’accompagnera sur le chemin de l’exil, cette période est la plus sombre de sa vie.

Pourtant la souffrance et les grandes difficultés n’enlèvent rien au fait de sa confiance en Dieu.

2_CitationJulie

  • Janvier à mai 1791 : Troubles religieux à Cuvilly

Quand la Révolution éclate à Paris en juillet 1789, Julie fête ses 38 ans.  Elle est paralysée déjà depuis plusieurs années : en 1782, Julie avait été touchée par une épidémie que les médecins de l’époque croyaient pouvoir guérir par d’abondantes saignées qui, peu à peu, lui enlevèrent l’usage des deux jambes.  Ce fut pour elle un temps de profonde croissance spirituelle.  Clouée dans son lit, Julie prie beaucoup et continue son œuvre de catéchiste en accueillant des villageois parmi lesquels ses bienfaitrices.  Julie ouvrait des chemins de totale confiance en Dieu aux habitants de Cuvilly, déboussolés par les idées nouvelles et les tourments liés à la Révolution.

C’est en 1791 que les troubles éclatent à Cuvilly.  Le 12 juillet 1790, la France adoptait un nouveau décret, la « Constitution civile du clergé » : le clergé devenait un corps de fonctionnaires payés et choisis par l’Etat ; ceux-ci devaient prêter un serment de fidélité à la nation.  Les prêtres avaient jusqu’au 1er janvier 1791 pour prêter serment.

3_Serment
Illustration qui montre comment obliger les prêtres à prononcer serment de fidélité à la nation.

Le 9 janvier 1791, l’abbé Dangicourt, en place à Cuvilly depuis plus de 15 ans, et son vicaire Delaporte prêtent serment dans l’église paroissiale en ces termes :

« Je jure de veiller avec exactitude sur les fidèles qui nous sont confiés, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de soutenir, de tout notre pouvoir, la Constitution décrétée par l’Assemblé Nationale et acceptée par le roi, en tout ce qui ne sera pas contraire à la religion, étant écrit dans la suprême loi : rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

4_SermentDangicourtclic qui permet d’agrandir et de lire le document
Texte du serment des prêtres Dangicourt et Delaporte, 9 janvier 1791 (expédition au Département le 16 janvier 1791), Bibliothèque Municipale de Compiègne (B. M. C.), Mss 169, pièce 36.  Cliquez pour agrandir l’image.

Ce serment est considéré comme mauvais par le district.  En s’opposant aux idées de la Révolution, l’abbé Dangicourt et son vicaire deviennent ennemis de l’Etat.

Invités le 29 janvier à refaire leur serment par les autorités compiégnoises, les deux hommes s’y refusent.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Lettre autographe du curé Dangicourt regrettant de ne pas se rendre à Compiègne, 4 avril 1791, B.M.C., Mss 169, p. 47.  Cliquez pour agrandir l’image.

A la différence de la plupart des autres cas, les deux ecclésiastiques trouvent un solide appui dans la masse de leurs paroissiens et dans la municipalité du village : les notables de Cuvilly présentent au District, le 12 mars, une pétition pour garder leurs curé et vicaire, et les salarier par une contribution volontaire tandis que la municipalité de Cuvilly demande au district de garder son curé : «… la perte d’un pasteur que les habitants de Cuvilly considèrent comme un père serait pour eux un sujet d’affliction que nous voudrions éviter …».  Finalement la cure est déclarée vacante et l’ancien cordelier compiégnois, Jean-Baptiste Rollet, est investi le 8 mai de la lourde tâche consistant à remplacer l’abbé Dangicourt.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Proclamation des prêtres élus aux cures vacantes, 9 mai 1791, Archives Municipales Compiègne, P4 dossier 18-24, cultes.  Cliquez pour agrandir l’image.

Dès son arrivée le 15 mai à Cuvilly, le nouveau curé reçoit des lettres anonymes de menaces, tandis que la réception municipale est des moins chaleureuses.  Le 24 mai, il envoie un appel au secours au district dans une lettre.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Retranscription d’un extrait du Registre des Délibérations du Directoire du District de Compiègne, 25 mai 1791, Archives Départementales de l’Oise – Série L.  Cliquez pour agrandir l’image.

Le district dépêche alors trois de ses membres accompagnés de détachements de la garde nationale et du régiment du Berry pour aller rétablir l’ordre à Cuvilly.  On arrête l’ex-vicaire Delaporte ainsi que plusieurs habitants considérés comme meneurs des troubles.  Trois de ces prisonniers, les Guilbert et Lanvin, sont de la parenté de Julie.  Les prévenus, Delaporte vicaire et François Lanvin maçon, sont conduits devant le tribunal du Département de l’Oise tandis que les Guilbert sont renvoyés à Cuvilly sous la surveillance de la municipalité.  Finalement, les prévenus bénéficient de l’indulgence du Tribunal.  Le calme semble rétabli dans la paroisse de Cuvilly où un nouveau maire est bientôt élu.

L’abbé Dangicourt serait parti pour le mont Valérien, en juin 1791, il meurt à Paris en octobre de la même année.  L’abbé Delaporte, de retour au village, aurait continué à dire la messe dans la chapelle du château de Séchelles.  On ignore où il séjourne entre 1791 et 1829, date à laquelle on le retrouve curé à Ressons-sur-Matz.

Quant à Julie, elle souffre de plus en plus mais sa confiance en la bonté de Dieu ne fait que se renforcer.  Elle devient un tel exemple de confiance et de fermeté dans la foi que les forces révolutionnaires voient en elle une menace.

« Julie eut le bonheur de préserver du schisme beaucoup de personnes qu’elle instruisait quand elles venaient la voir. » (Abbé Trouvelot, 1820)

« Et telle fut l’estime que les villageois avaient conçue pour la pauvre infirme que lorsqu’ils se virent privés de leur pasteur légitime, ils consultèrent Julie pour savoir s’ils devaient obéir au prêtre constitutionnel.  Forte dans sa foi, elle empêcha tout ce peuple de sombrer dans le schisme, ce qui lui a valu la persécution des partisans de la révolution. » (Sr Thérèse de la Passion, 1881)

Il est intéressant de noter qu’en 1793-94, Cuvilly reste l’une des communes du district les plus récalcitrantes à la déchristianisation ; l’agent national Bertrand déplore les « regrets du culte » manifestés par les habitants et leur reproche «leur opiniâtreté et leur entêtement pour le régime superstitieux et fanatique».

  • Chemin de l’exil
    Mai 1791 : Julie trouve refuge à Gournay-sur-Aronde

Persécutée à cause de sa prise de position vis-à-vis des “prêtres constitutionnels” (ceux qui ont prêté serment de fidélité à l nation), Julie est contrainte de fuir Cuvilly et de se cacher.  Madame de Pont l’Abbé dont le château se trouve à Gournay-sur-Aronde lui offre l’hospitalité en prenant des risques énormes comme tous ceux qui voulaient aider les personnes non désirées.  « Cette dame, qui venait autour du lit de Julie à Cuvilly et dont elle est extrêmement aimée, pour la soustraire à la persécution, vient la chercher dans sa voiture et la mène au château. »  Elle en prend soin jusqu’au moment où la fureur de la Révolution la contraint elle-même d’abandonner son château.  Julie est accompagnée de sa nièce, Félicité, âgée de 16 ans mais ne reverra plus son père, décédé alors qu’elle était à Compiègne, et apercevra une dernière fois sa mère quand elle fut transportée de Compiègne à Amiens.

8_CitationBiblique

9_GournayChâteau de Gournay-sur-Aronde

Julie demeure approximativement un an chez Madame de Pont l’Abbé.  Tourmentée elle-même, Madame de Pont l’Abbé doit fuir en Angleterre avec d’autres aristocrates émigrés, où elle meurt, laissant Julie et sa nièce Félicité, à la garde du concierge, Monsieur Camus.  Celui-ci, gendre du régisseur de la famille de Pont l’abbé, vient d’acquérir, comme bien national, la ferme du château régie par son beau-père.  Selon le Père Charles Clair, Monsieur Camus et Julie deviennent très vite amis.  Malgré ce gage donné à la Révolution, Monsieur Camus ne paraît pas avoir été un chaud partisan des idées du jour ; car il témoigne à la « fanatique dévote » un respectueux attachement dont le souvenir s’est précieusement conservé dans sa famille.

Chronologie du château de Gournay-sur-Aronde, cliquez ici.

D’après le témoignage du Père Sellier, «quand les révolutionnaires vinrent s’emparer du château et mettre la séquestre sur tout ce qu’il renfermait, les domestiques conduisirent Julie sur une charrette remplie de différentes pièces de meubles (d’autres dépositions parlent d’une charrette de foin) jusque sur la place de Compiègne où une famille charitable dont on ignore le nom en eut compassion»

Ce devait être en avril 1792, comme le rappelle un graffiti sur le mur du château.

10_Graffiti-1Graffiti du château de Gournay, mur latéral : souvenirs, en particulier, des troupes qui y furent cantonnées à l’époque révolutionnaire : « le 2ème bataillon de la Haute-Vienne foutra le bal aux aristocrates – 1792 La Nasion – 1794 Hemeri ».

Les patriotes des environs voulaient-ils s’en prendre uniquement à Julie, « la dévote », ou à Madame de Pont l’Abbé, dame noble qui la protégeait?  On peut s’étonner qu’une paralysée puisse être suspecte pour des révolutionnaires.  Mais il ne faut pas minimiser les incidents du 25 mai 1791 à Cuvilly ; parmi la population opposée à l’arrivée du prêtre constitutionnel, il y avait les Guilbert et Lanvin qui sont de la parenté de Julie.  Elle-même était connue à Cuvilly comme une fervente chrétienne en relation avec des prêtres non-constitutionnels ; et, qui plus est, elle eut partie liée avec des nobles, les de Pont l’Abbé, qui avaient émigré.  D’où les attributs de dévote… fanatique… suspecte.

Avril 1792 : Julie est abandonnée à Compiègne

11_CharretteJulie transportée dans une charrette de foin avec sa nièce.

Selon le témoignage de l’abbé Trouvelot, curé de Ressons-sur-Matz, Julie et Félicité reçoivent l’hospitalité des demoiselles de Chambon, qui auraient habité rue des Grandes Ecuries.  Nous ne savons presque rien de ces demoiselles, à part la bravoure dont elles ont dû faire preuve pour accueillir une étrangère bien mal à point !

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Mt 25, 35)

A Compiègne, la santé de Julie se détériore vite.  Tout-à-fait paralysée, elle perd l’usage de la parole.

Poursuivies et indésirables, Julie et sa nièce changent plusieurs fois de logis en deux ans et demi mais comme le signale Sr Marie-Francine Vanderperre, les Archives de Compiègne n’ont pas gardé le souvenir de la réfugiée qui n’a pas défrayé la chronique locale.  Seuls, un billet de la Carmélite Mère Henriette de Croissy cite les noms de Julie et Félicité, et une liste de réquisition pour la farine dressée en 1794 signale Julie et sa « niesse », rue Dufour.

12_LettreCarmeliteclic qui permet d’agrandir et de lire le document
Lettre (entre 1792-1794) de Mère Henriette de Croissy, Carmélite. Arch. dép. Q, FF1 n°50.  Comme on le découvre dans cette lettre, Julie est en relation avec les Carmélites de Compiègne par sa nièce Félicité qui lavait, semble-t-il, le linge pour elles.  En 1793, Julie reçoit plusieurs visites du Père de Lamarche qui connaissait aussi les Carmélites de Compiègne.  Comme elles, Julie s’offre à Dieu pour sauver la France et les chrétiens ; elle souffrira profondément de leur mort violente à Paris en juillet 1794.  Cliquez pour agrandir l’image.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document13_RequisitionCardon
Registre de réquisition avec signature du citoyen Cardon et datation du 27 mai 1794.  Cliquez pour agrandir l’image.

Octobre 1794 : Julie est accueillie à Amiens

En octobre 1794, Madame Baudoin qui passait autrefois ses étés à Cuvilly fait venir Julie à Amiens à l’hôtel Blin de Bourdon, où elle loue un appartement pour elle-même et ses trois filles.  Elle espére que la présence de l’infirme lui apporte force et courage après la mort de son père et de son mari sur l’échafaud.

« Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. » (Lévitique 19,34)

  • Les Sœurs de Notre-Dame de Namur ont aussi été des étrangères, des nouvelles arrivées.

En 2 février 1806, durant le chant du Nunc dimittis, Mère Julie a une vision de l’apostolat futur de la congrégation qui passerait les mers et porterait au monde le message de la « Bonne Nouvelle ».

« Comme tant d’autres congrégations internationales, nous avons voyagé bien au-delà de nos racines. Des Sœurs sont entrées dans des groupes sociaux, des quartiers et des pays où elles étaient des étrangères. » Newsletter du l’équipe du leadership de la congrégation (CLT), Mars 2019.

«  Notre histoire révèle qu’une vision étriquée de la mission et la crainte d’être critiquées (que pensait-on de nous ?) nous a empêchées d’accueillir comme membres des habitants du lieu.  Heureusement nos yeux et nos cœurs se sont ouverts. […]   Le partage d’événements de notre vie permet d’effacer notre complexe d’étranger, d’accueillir celle qui se trouve à nos côtés et d’ouvrir nos cœurs. » Newsletter du CLT, Mars 2019.

  • Les Sœurs de Notre-Dame de Namur accueillent aussi des réfugiés.

Dans cette tradition, remarquons ce que les sœurs reconnues « Justes parmi les nations » ont accompli pour sauver des juifs durant la guerre.

Pour en savoir plus sur les sœurs qui ont sauvé des enfants juifs durant la deuxième guerre mondiale, cliquez ici.

Aujourd’hui, encore, de nombreuses sœurs de Notre-Dame de Namur accueillent et soutiennent des réfugiés et des migrants, comme Sr Marie-Dominique Kohler qui vit en Suisse et donne des cours d’allemand aux réfugiés.

Pour lire le témoignage de Sr Marie-Dominique Kohler, cliquez ici. http://sndden.be/soeur-marie-dominique-kohler

« Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. » Eph. 2, 19.

La famille

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1-Citation-Pape

Le pape François dans Amoris Laetitia a appelé les familles à créer les conditions pour permettre aux enfants « d’accueillir la grâce de Dieu ».

Comment les parents de Julie Billiart ont-ils vécu cela pour leurs enfants ?

« Allons, allez bien au bon Dieu, tout bonnement, tout bonnement, comme un petit enfant, avec simplicité de cœur. » Julie, L. 81.

Les parents de Julie lui ont ouvert des chemins de vie et de joie mais son seul Maître est le Saint-Esprit auquel elle a répondu avec la simplicité de l’enfant.

« Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.» Matthieu 18:3

  • Famille chrétienne

« La maison : lieu où l’être humain devient lui-même, c’est là que Julie a appris à aimer, à prier, à grandir, dans la foi, la confiance, l’abandon. »

Mariage chrétien

C’est à Cuvilly, petit village du Nord de la France, dans un foyer où « la piété et la vertu étaient héréditaires » que Julie est née.  Son père, Jean François Billiart (de Cuvilly), épouse sa mère Marie-Louise Antoinette Debraine (de Maignelay) en 1739.  Une démarche cohérente qui donne sens au baptême de leurs enfants.

2-MariageBilliart_DebraineActe du mariage des parents de Julie Billiart en 1739.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Baptême – Eucharistie – Confirmation

12-CitationSeptième enfant du couple, Julie est baptisée le jour de sa naissance le 12 juillet 1751.

3-Bapteme_julieActe du baptême de Julie Billiart.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

« Vous recevrez ma lettre pour l’anniversaire de mon baptême.  Mon Dieu, combien je devrais mourir de honte d’avoir déjà passé tant d’années sur la terre et de n’être pas morte d’amour pour mon Dieu. »  Julie, L. 55.

Les parents de Julie l’avaient si bien encouragée dans sa foi de sorte que l’abbé Dangicourt découvrit une petite fille de 8 ans déjà pleine de ferveur et d’entrain à partager son amour pour Dieu.  A 9 ans, l’abbé Dangicourt accorde à Julie la permission très rare de recevoir la première communion.  A 13 ans, Julie reçoit le sacrement de confirmation le 4 juin 1764.   A 14 ans, elle se consacre au Seigneur par le vœu de chasteté perpétuelle.

4-Confimation_julie_1764Confirmation de Julie Billiart le 4 juin 1764 à Cuvilly.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

5-CroixReliquairePour récompenser Julie de sa conduite exemplaire, elle reçoit d’un chevalier une croix reliquaire.  Lorsqu’elle quitte Cuvilly, Julie la donne à son église natale.  En 1882, l’abbé Fournier, curé de Cuvilly, l’envoie à la Maison Mère des Sœurs de Notre-Dame à Namur. La croix est aujourd’hui exposée dans le Centre d’héritage à Namur

Découverte de Dieu comme un père aimant

Depuis sa tendre enfance, elle reçoit une éducation chrétienne par ses parents qui s’occuperont d’elle de façon bienveillante jusqu’à son départ de Cuvilly, à l’âge de 40 ans.  C’est à leur contact que s’est formée en elle « l’image de Dieu comme un tendre père et une mère aimante ».

« Tout simplement, il faut que nous fassions comme les enfants qui, dans une nuit bien profonde, tiennent la main de leur père ou de leur mère et se laissent conduire où on les mène. »  (Lettre de Julie à Françoise Blin, 1er sept. 1795)

Ouverture et initiation à la prière

13-champOrge

Dans plusieurs dépositions faites en vue de la béatification de Julie et notamment dans le témoignage de l’abbé Trouvelot, on peut lire que « enfant, Julie se retirait souvent dans sa petite chambre pour y prier et elle le faisait avec un recueillement qui édifiait ses parents et ceux qui en étaient témoins ».  La prière pénétrait la vie de Julie et lui donnait sens.  Durant sa maladie, elle pouvait passer  plusieurs heures par jour en prière ; elle se renforçait ainsi dans sa foi.

6-maison nataleJBDessin anonyme de la maison Billiart autrefois (vers 1791 ?)

Pour en savoir plus sur la maison natale de Julie Billiart, cliquez ici. 

Julie avait la plus tendre dévotion envers la Sainte Vierge.  C’est une tradition recueillie par Monsieur Fournier, ancien curé de Cuvilly, qu’avant de quitter l’église, elle allait toujours s’agenouiller devant l’autel de Notre-Dame.

7-banniere_JulieBannière que Julie a brodée qui porte aux quatre coins des cornes d’abondance, versant des fleurs, et au milieu le monogramme de Marie en chenille et en paillettes dorées avec cette inscription : Tota pulchra es, Maria, et macula non est in te. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel.  Cette bannière est aujourd’hui exposée dans le Centre d’héritage à Namur

Comme les autres membres de sa famille, Julie avait une dévotion au Sacré-Cœur.

  • Deux listes manuscrites (énumérant les membres de la confrérie du Sacré-Cœur de Jésus établie à Cuvilly), de la main de l’abbé Dangicourt ont été retrouvées dans un manuel de prières. Le dixième nom de la première liste est celui de Julie Billiart, suivi un peu plus bas de ceux de sa sœur Marie-Madeleine, de son frère Louis-François et de plusieurs personnes de leur parenté.

8-Liste_SacreCoeurCette liste est reproduite dans Father J. Clare, The life of Julie Billiart, Sands and Company, 1909

  • Dans sa déposition juridique faite à Beauvais en 1882, Madame Victoire Berthelot (petite-nièce de Julie Billiart) atteste que le culte du Sacré-Cœur se transmettait comme un héritage: « Ma Mère nous disait : Je prie le Sacré-Cœur, mes enfants.  Conservez cette dévotion : c’est une dévotion de famille. ».

9-VictoireNeute_Berthelot-1

 

Madame Victoire Neute-Berthelot. Photo sans date (avant 1895) prise devant la chambre de Julie à Cuvilly.

Pèlerinage familial

Enfant, Julie fait un pèlerinage avec toute sa famille à Montreuil-sous-Laon où se trouvait alors l’icône de la Sainte Face, pour obtenir la guérison de ses yeux malades.

10-Ste_Face_Laon

 

Sainte Face, aujourd’hui à la cathédrale de Laon

  • Foi dans l’action

Famille qui fait le choix de la vie

La mort des enfants en bas âge était chose courante à l’époque et les Billiart n’échappent pas cette épreuve.  La famille de Julie fait le choix de la vie malgré la souffrance et les douleurs.

Des neuf enfants Billiart, quatre meurent en bas âge et deux à l’adolescence.

A la naissance de Julie, trois enfants sont déjà morts.  Julie reçoit le prénom de sa sœur Marie-Rose décédée un an plus tôt.  Trois autres enfants de la famille Billiart décèdent : Julie a 8 ans quand ses parents perdent leur nouveau-né ; puis 13 ans, quand sa sœur de 22 ans meurt ; et enfin 14 ans, quand elle perd son frère aîné qui avait 16 ans.  A partir de 1765, ils ne sont plus que trois enfants dans la maison: Julie (14 ans), Marie-Madeleine (21 ans) et son petit frère, Louis (11 ans).

Ces épreuves de deuil ont certainement soudé la famille Billiart, encourageant chacun à se dépasser pour se serrer les coudes.

Enfants de la famille Billiart

Louise Antoinette                                          1739-1741
Marie Louise Angélique                               1742-1764
Marie Rose                                                      1743-1750
Marie Madeleine Henriette                         1744-1819
Bonaventure                                                   1747-1750
Jean Baptiste                                                   1749-1765
Marie Rose Julie                                             1751-1816
Louis François                                                1754-1832
Enfant décédé le jour de sa naissance       21/11/1759


Le sens du labeur
Pour en savoir plus sur la famille de Julie Billiart, cliquez ici

14-Moisson

Les parents de Julie possèdent un petit commerce de tissus et d’articles de mercerie ainsi qu’une parcelle de terre pour faire vivre leur famille.  Malgré les revers de fortune et les jalousies dans le village, les parents de Julie ont le sens du labeur.  Julie en hérite.

En 1767, Jean-François Billiart est contraint de vendre presque tout son terrain, après que des voleurs s’emparent de biens de son commerce. Pour aider ses parents, Julie confectionne du linge d’église et de la dentelle et travaille avec beaucoup d’ardeur dans les champs avec les ouvriers de la terre.  Elle entreprend aussi de fréquents voyages à pied ou à cheval pour vendre le peu de marchandises dédaigné par les voleurs, allant même jusqu’à Beauvais pour négocier à sa juste valeur quelques pièces de rouennerie à un honnête commerçant.

11-ciseaux_Julie

 

Ciseaux ayant appartenu à Julie.

Une famille qui vit la séparation comme un chemin de vie pour leurs enfants

Même si elle n’en a pas encore conscience, à l’âge de 40 ans, Julie quitte Cuvilly et sa famille pour suivre le projet de Dieu.  La souffrance et les grandes difficultés n’enlèvent rien au fait de sa confiance en Dieu.

« Tout ira bien, parce que je mets toute mon espérance dans le Seigneur, toute ma confiance en mon Dieu : c’est son œuvre, non pas la mienne. » (Julie, L. 283)

Julie n’était pas seule dans la douleur de l’exil, elle a pu compter sur le soutien de sa famille à travers Félicité, la fille de sa sœur Marie-Madeleine.  Félicité n’avait que 7 ans quand sa tante Julie fut paralysée et fit preuve d’une grande bonté envers Julie, n’hésitant pas à la suivre lorsque Julie dût fuir Cuvilly.  Comme sa présence a dû adoucir cette terrible épreuve pour Julie !  Julie ne reverra plus son père, décédé alors qu’elle était à Compiègne, et aperçut une dernière fois sa mère quand elle fut transportée de Compiègne à Amiens.

  • Une famille qui met sa foi en œuvre

Inspirée par ses parents, Julie met sa foi en œuvre en mettant son attention sur les pauvres et l’accueil de tous autour de son lit de malade.

« Elle était capable de rendre la religion attirante à une époque où un grand nombre commençaient à abandonner la foi » Roseanne Murphy

Et nous aujourd’hui dans un contexte différent : « comment entendons-nous l’appel du pape François ? ».

février 2019: La Bonté de Dieu

Section 1
Section 2
Section 3
Section 4

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Découverte de la bonté de Dieu à travers les PERSONNES BIENVEILLANTES qui ont entouré Julie Billiart à Cuvilly

Le point de départ de Julie, comme celui de tous les saints, est la foi ; chez elle, la foi en un Dieu bon, un Dieu Père dont l’amour compatissant l’entoure, la soutient et la porte, quelles que soient les circonstances de la vie. Elle croit en cet amour intelligent, généreux et personnel tout au long de sa vie, que ce soit dans la pauvreté familiale, dans la maladie ou dans le danger mortel de la Révolution.

Pour ce thème du mois de février, nous allons découvrir comment Julie a expérimenté la bonté de Dieu durant sa jeunesse à Cuvilly, petit village dans le Nord de la France où Julie est née et a vécu les 40 premières années de sa vie.



SECTION 1: 3 RÉCITS SUR JULIE ET SA VIE À CUVILLY

a. Le témoignage de MONSIEUR TROUVELOT, curé de Ressons, 20 janvier, 1820
b. Les notes du PÈRE SELLIER,18 juin, 1852
c.  Les Mémoires de MERE SAINT-JOSEPH

Dans les Archives de la Congrégation, nous n’avons pas de témoignages directs d’une personne ayant connu Julie durant sa jeunesse à Cuvilly. C’est à travers le regard de TROIS personnes qui ont bien connu Julie que nous allons découvrir comment Julie a expérimenté la bonté de Dieu durant sa jeunesse.

1 a: Le témoignage de MONSIEUR TROUVELOT, curé de Ressons, 20 janvier 1820   C’est lui qui nous en apprend le plus sur la jeunesse de Julie car il s’est rendu à Cuvilly peu de temps après la mort de Julie pour recueillir les témoignages des contemporains.  «Voilà les renseignements que j’ai pu avoir sur la jeunesse de Julie Billiart, » écrit-il. «Je suis d’autant plus sûr de ce que j’avance, qu’ayant eu l’avantage de connaître particulièrement cette sainte fille, j’ai su d’elle-même la plupart des choses que son frère m’a répétées. » Il s’agit du jeune frère de Julie, Louis Billiart (1754-1832).

signature_trouvelot  trouvelot_1820

1 b: Les notes du PÈRE SELLIER, 18 juin 1852
qui a rencontré Julie en 1795 mais n’eut des rapports avec elle qu’en 1810 ou 1811

Le Père Sellier nous donne des précisions sur l’abbé Dangicourt qui jouera un rôle considérable auprès de Julie.

signature_sellier  sellier_1852

1 c: Les Mémoires de MÈRE SAINT-JOSEPH qui a rencontré Julie en 1794

Entre 1818 et 1838

Les mémoires de Mère Saint-Joseph apportent quelques précisions.

signature mère st joseph  memoiresst_joseph

Nous ajouterons quelques détails donnés par SOEUR THÉRÈSE DE LA PASSION (Elisabeth Lomax) en 1881 et par le PÈRE CLAIR,  qui a écrit une biographie de Julie, écrite en 1895 (celui-ci a eu accès à de nombreux documents, aujourd’hui disparus à cause du bombardement de 1940).

PereCH.CLAIR



SECTION 2:  PERSONNES QUI ONT ENCOURAGÉ JULIE DANS SA FOI D’UN DIEU BON

Pourquoi entendait-on déjà à Cuvilly parler de Julie comme « la sainte qui sourit.» N’est-ce pas qu’intuitivement la population percevait en elle ce sourire de bonté de Dieu imprimé sur son visage.

Julie, aussitôt qu’elle en eut conscience a toujours fait ce choix de vie proposé à chacun dès le début de la Bible: Deut.30 19 « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que tu vives toi et ta descendance après toi. »

Et c’est ainsi que, pas à pas elle avança dans la vie entourée de personnes qui la confirmèrent dans son identité de « fille bien-aimée du Père. »

Carte interactive avec les personnes qui ont encouragé Julie dans sa foi.
Glissez votre souris sur la carte et cliquez sur les icônes.

 



SECTION 3:  PERSONNES BIENVEILLANTES SUR QUI JULIE A RÉPANDU LA BONTÉ DE DIEU

Tout en touchant à cette bonté qui lui était révélée par Dieu Lui-même : dans la prière, l’Eucharistie, les personnes bienveillantes qui l’entouraient, Julie ne put garder pour elle ce trésor inestimable de vie et elle l’éveilla naturellement en celles et ceux qu’elle côtoyait !

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Dans sa lettre de 1820, Monsieur Trouvelot nous décrit une jeune fille sociable et active: dès l’âge de sept ans, après l’école, « Julie lisait des livres de piété et apprenait le catéchisme aux autres enfants. » D’après les déclarations des villageois recueillis par Monsieur Trouvelot, « Jamais on ne vit Julie dans les assemblées de jeux ni de divertissements. La prière, la lecture de bons livres, instruire les autres enfants, les détourner des occasions du péché : c’étaient là toutes ses récréations. » Julie « était d’un naturel très vif mais aidée de la grâce, elle sut si bien modérer sa vivacité que, même dans son enfance, personne n’en souffrit. » Monsieur Trouvelot tenait du frère de Julie que même quand elle parvenait à froisser son cadet, « elle s’en punissait sur le champ et savait si bien réparer ses torts, qu’elle était la seule qui s’en plaignit. »

« Encore jeune dans la maison paternelle, rapporte Mère Saint-Joseph, elle instruisait les enfants d’une pauvre famille et beaucoup d’autres personnes. De ce nombre était un petit mendiant auquel elle donna de si bonnes leçons qu’elle lui ôta la première grossièreté et le mit en état d’occuper une petite place. Après celle-ci il en eut une autre, et, de place en place, il s’établit et parvint à une honnête fortune. J’ai vu avec attendrissement une lettre très bien écrite, pleine de sentiments de religion et de reconnaissance, qu’il écrivit à notre chère mère trente ans plus tard pour la remercier, la regardant, après Dieu, comme la principale cause de son bonheur. »

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Après sa communion, Julie commença « à s’occuper du travail de la campagne pour aider ses père et mère » et « visitait le Saint-Sacrement dans l’après-midi ou le soir ». « A l’heure du délassement permise au milieu de la journée, elle assemblait les moissonneurs, hommes et femmes, leur parlait du bon Dieu et leur faisait chanter des cantiques. »

Après le vol commis dans la boutique de ses parents , « Julie, âgée de 15 ou 16 ans, se mit à travailler avec un courage que rien ne rebutait ; elle faisait la moisson et il n’y avait pas d’ouvrier qu’elle ne surpassait. »  « Jamais cependant ses devoirs de chrétienne n’en étaient négligés ; elle se confessait et communiait tous les huit jours et faisait toujours avec une piété et un recueillement qui montraient combien elle sentait l’importance de ces actions. Elle tirait du sacrement de l’Eucharistie, les forces dont elle avait besoin pour supporter les fatigues. »

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Le Père Trouvelot nous raconte aussi commenté t, un jour, Julie « se confiant à Dieu » prit  « la route de Beauvais où elle n’avait jamais été pour vendre au premier marchand dont elle vit la boutique la marchandise de ses parents qui manquaient d’argent. »  « Elle continua pendant six ans, à travailler et à faire la moisson. »

A l’âge de 21 ou 22 ans, Julie tomba malade, « victime de l’ignorance de ce misérable chirurgien de Cuvilly qui la saigna au pied. »  Elle en resta « infirme et dans l’impuissance de se servir de ses jambes jusqu’à ce qu’elle en fût guérie. » La maladie aurait pu l’isoler mais sa personnalité expansive et son enthousiasme incitaient les personnes à lui rendre visite.

« Infirme et privée de l’usage de ses jambes, elle trouvait encore du bien à faire. Les nobles dames qui la secouraient dans ses nécessités temporelles y venaient chercher , du gré de leur pasteur, son secours dans leurs nécessités spirituelles. Elle faisait encore le catéchisme à des enfants et les villageois qui s’assemblaient volontiers autour de son lit. »

Carte interactive avec les dames nobles qui vinrent en aide à Julie
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SECTION 4:  BONTÉ DE DIEU TOUTES LES CIRCONSTANCES DE SA VIE

A l’opposé des vues rigides du Jansénisme qui prédominaient au sein des élites du peuple chrétien français à son époque, Julie décrit toujours Dieu comme un Dieu de bonté.

“Voilà la solide vérité”, disait-elle, “le bon Dieu nous demande de faire seulement le bien qu’il nous est possible de faire, avec sa grâce.”

Julie souffrait de plus en plus mais comme le dit St Paul “c’est lorsque je suis faible que je suis fort” et sa conviction intime en la Bonté de Dieu était inaltérable dans toutes les circonstances de la vie

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• Durant sa maladie :
Autrefois jeune fille active de Cuvilly, voyageant, commerçant, réconfortant les malades, prenant la tête de la paroisse, Julie, maintenant sur un lit de malade, attendait ; elle se renforçait dans sa foi passant plusieurs heures par jour en prières. D’après le Père Sellier, Julie profita «si bien des leçons de son saint directeur, l’abbé Dangicourt, qu’elle devint en peu d’années un modèle d’édification que la longue série d’épreuves et l’infimité ne contribuèrent pas peu à son avancement dans la voie de la sainteté par les vertus que cet état de souffrances lui donna occasion de pratiquer.» Dans ses Mémoires, Mère Saint-Joseph parle des croix de Julie, de son lit de douleur : «une foi vive pouvait seule soutenir sa patience et des entretiens longs et intimes avec Dieu, dans l’oraison, adoucissaient ses maux, fortifiaient son amour et la disposaient aux desseins de la Providence».

En Post Scriptum à sa lettre, Monsieur Trouvelot rapportent les dires des personnes « qui lui ont parlé hier », : «quand elle était infirme, elle les faisait venir dans sa chambre, qu’elle les instruisait malgré ses douleurs et leur faisait aimer la vertu tant elle la leur peignait avec des couleurs aimables, et surtout par sa patience, sa bonté et le zèle qu’elle mettait à les instruire.»

• Malgré le danger de la Révolution :
Julie ouvrait des chemins de totale confiance en Dieu aux habitants de Cuvilly, déboussolés par les idées nouvelles et les troubles liés à la révolution, ce qui les rassuraient et les guidaient. «Et telle fut l’estime que les villageois avaient conçue pour la pauvre infirme que lorsqu’ils se virent privés de leur pasteur légitime, ils consultèrent Julie pour savoir s’ils devaient obéir au prêtre constitutionnel. Forte dans sa foi, elle empêcha tout ce peuple de sombrer dans le schisme, ce qui lui a valu la persécution des partisans de la révolution.»

Monsieur Trouvelot le dit dans sa lettre en 1820 : «Julie s’occupait de l’instruction de la jeunesse, surtout d’apprendre le catéchisme aux enfants et aux ignorants. Elle eut le bonheur de préserver du schisme beaucoup de personnes qu’elle instruisait quand elles venaient la voir.»