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l’appel universel à la sainteté

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COMMENT JULIE EST DEVENUE SAINTE -CANONISATION

En 2019, les Sœurs de Notre-Dame qui forment une grande famille internationale célèbrent le 50ème anniversaire de la CANONISATION de leur fondatrice, sainte Julie Billiart.

Les archives générales de la congrégation et le centre d’héritage ont réalisé une EXPOSITION pour comprendre comment Julie est devenue sainte.  Plusieurs panneaux avec des documents d’époque vous racontent sous forme de frise chronologique les évènements entre 1881 et 1969.

L’exposition est accessible aux horaires d’ouverture du centre d’héritage (Maison mère des SND 17, rue Julie Billiart à Namur – Belgique) : du lundi au vendredi de 9h00 à 12h00 et de 13h00 à 16h00 (week-end, jours fériés et groupes sur demande).

Sainteté par les papes Paul VI (1969) et François (2018). Clic et lire le document.

Photos de l’exposition au Centre d’héritage à Namur.

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Les 6 étapes du processus de canonisation de Julie Billiart:

  1. Enquête diocésaine pour établir la réputation de sainteté (1881-1889)
  2. Acceptation du « dossier » par le Vatican ; Julie devient Vénérable (1889)
  3.  Procès apostolique (1890-1897) et approbation de trois miracles (1905)
  4.  Julie devient bienheureuse (1906)
  5.  Reprise de la cause et approbation de deux miracles (1924-1968)
  6.  Julie devient sainte (1969).

Enquête dans les ARCHIVES sur la canonisation de Julie Billiart

50 ans après, comment la sainteté de Julie est-elle encore un exemple ?  Comment inspire-t-elle tous ceux qui marchent dans ses pas : les sœurs, les associés, les volontaires, les amis, les professeurs et les élèves ?

                         1: La Sainte qui sourit. Cliquez ici pour lire et télècharger la ligne du temps.

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Illustration2-editedMère Aloysie, 6ème supérieure générale (1875-1888)

Illustration3 editedMgr Gravez, évêque de Namur (1867-1883)

Illustration4 editedLettre de Mgr Gravez, évêque de Namur qui accepte la requête de Mère Aloysie à propos de l’introduction des causes de Julie et Françoise, 18 mars 1881.

Illustration5 editedBillet de convocation au procès diocésain, 4 octobre 1881.

Illustration6-edited-2Trois gros volumes reliés avec toutes les lettres postulatoires en vue de l’Introduction de la cause de Julie, Archives générales de la congrégation, Namur.

Illustration7Armoire avec tous les documents officiels liés à la cause de Julie Billiart, Archives générales de la congrégation, Namur.

Illustration8 editedLettre postulatoire pour l’Introduction de la cause de Julie signée par la reine des Belges, Marie-Henriette (épouse du roi Léopold II), 1888.

                                     2: Vénérable Julie. Cliquez ici pour lire et télècharger la ligne du temps.

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Illustration9 editedTémoignage de la Sœur Marie Adèle Claus déposé à Clapham (G-B) le 16 juin 1882 en vue de la béatification de Julie.

Illustration10_1889_DecretDécret d’introduction de la cause de Julie, 1889.  Julie devient Vénérable.

                                  3: Bienheureuse Julie. Cliquez ici pour lire et télècharger la ligne du temps

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Illustration11Châsse de sainte Julie exposée au Centre d’héritage à Namur.  Pour en savoir plus : http://www.snddenheritagecentre.org/MUSEE/index.php/la-mort-de-julie/chasse

Illustration12-editedPape Pie X, le Cardinal Ferrata (Protecteur de l’Institut à Rome), Mgr Heylen (évêque de Namur) et Mère Aimée de Jésus avec leur blason.

Illustration13-editedOrigine et signification du blason des Sœurs de Notre-Dame de Namur.

Illustration14Affiche des célébrations à Namur pour la béatification de Julie, 17-21 mai 1906.

Illustration15Photo des fêtes à Namur, 1906

                                      4: Sainte Julie. Cliquez ici pour lire et télècharger la ligne du temps.

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Illustration16-editedRévérend Ugo Märton, O. Praem., Postulateur de la Cause, remercie le Pape Paul VI pour la canonisation de sainte Julie.

Illustration17-editedCanonisation à Rome par le Pape Paul VI.

Illustration18-editedActe officiel (en parchemin avec enluminures) signée par le Pape Paul VI le 22 juin 1969 : Julie Billiart devient sainte

                       5: MIRACLES DE LA BÉATIFICATION

Dans son homélie du 22 juin 1969, le Pape Paul VI nous parle de la sainteté et des miracles.

« L’hagiographie, qui est l’étude de la sainteté, s’est souvent intéressée avec passion aux ASPECTS MIRACULEUX de celle-ci, au point d’identifier la sainteté par le miracle. 

C’est ainsi qu’AUTREFOIS la sainteté a parfois été agrémentée de MIRACLES IMAGINAIRES ET DE LÉGENDES FANTASTIQUES.  On voulait par-là, non pas porter atteinte à la vérité historique, mais rendre au saint un hommage gratuit, conventionnel, poétique. 

MAINTENANT, il n’en est plus ainsi : le miracle reste une preuve, un signe de sainteté, mais il n’en constitue pas l’essence.  Aujourd’hui, l’étude de la sainteté s’intéresse surtout à la VÉRITÉ HISTORIQUE des faits et des documents qui l’attestent, et aussi à l’exploration de la PSYCHOLOGIE des saints. »

Pour être reconnue bienheureuse, la vénérable Julie doit avoir accompli au moins un miracle après sa mort.

La reconnaissance d’un miracle est soumise à des règles strictes.  Une enquête médicale est menée sur les personnes afin de prouver leur guérison miraculeuse par l’intercession de la vénérable Julie.

En 1905, trois miracles sont attestés par la Sacrée Congrégation des Rites.

  1. En 1882, Armand Hubin (de Liège), âgé de 16 ans, guérit miraculeusement après que sa mère se rendit au tombeau de Julie et appliqua une relique sur l’ulcère de sa jambe.
  2. Jean Noël Grégoire (de Namur), âgé de 20 ans, souffrait depuis de nombreuses années à l’une de ses jambes suite à une mauvaise chute. En 1881, en désespoir de cause, on commença une neuvaine à Julie et une relique fut appliquée sur sa blessure.  Dès le premier jour, il retrouva une santé parfaite.
  3. Louis Waëlens (de Bruges), 28 ans, souffrait d’un ulcère à l’estomac. Il était incapable de manger depuis des années à cause de la douleur et dépérissait.  En 1886, sa femme se rendit chez les sœurs pour leur expliquer les souffrances de son mari.  Elles lui donnèrent une relique et suggèrent de commencer une neuvaine à la vénérable Julie.  Cette nuit-là, Louis Waëlens fut capable de manger sans douleur pour la première fois depuis des années.

Illustration19-editedLouis Waëlens guérie miraculeusement par la vénérable Julie en 1886.

Illustration20-editedDécoration de la basilique Saint-Pierre de Rome le 13 mai 1906

            6: LES MIRACLES DE LA CANONISATION

Les Sœurs ont reçu des centaines de lettres attestant de guérisons miraculeuses par l’intercession de la bienheureuse Julie.  Parmi ces centaines de dossiers, seuls quatre ont été examinés par la Sacrée Congrégation des Rites (et deux seront finalement reconnus en 1958 et 1967).

Le premier miracle reconnu est celui d’Otacilio Ribeiro.  L’histoire se déroule à Campos Novos, au Brésil, le 29 septembre 1950.  Otacilio Ribeiro, un jeune fermier de 29 ans, est emmené à l’hôpital par son père à cause d’une tumeur dans le bas ventre.  Ils sont accueillis par Sœur Maria Bardona et Sœur Mary Ludivine, des SND de Coesfeld.  Après avoir pratiqué l’incision, le Docteur Janh Martins Ribeiro juge impossible de procéder à l’ablation de la tumeur qui est inaccessible et condamne le malade.  « Ma sœur, dit le médecin, il ne vivra pas une heure de plus. »

Les deux sœurs de Coesfeld et une troisième, Sœur Maria Adélaïde, commencent alors à prier la bienheureuse Julie.  Le lendemain, Otacilio revient à lui ; sœur Ludivine l’invite à se joindre à leurs prières et applique une relique de Julie à l’endroit de l’incision.  Le médecin ne lui donne pas trois jours à vivre.  Pourtant, quelques jours plus tard, Otacilio appelle la sœur : « Sœur, il y a quelque chose d’inhabituel.  Je ne peux pas expliquer mais c’est différent. »  Le lendemain, Otacilio pouvait s’asseoir.

Une semaine plus tard, Otacilio est guéri.  Ses parents offrent aux sœurs un kilo et demi de cire pour les bougies et Otacilio promet d’appeler sa fille Julie si il en avait une un jour.

En 1952, Mère Mary Verona, l’assistante de la supérieure générale des SND de Coesfeld, écrit à Sœur Ludivine au Brésil afin qu’elle soumette le miracle d’Otacilio Ribeiro à la Sacrée Congrégation des Rites.  Le 17 janvier 1958, le miracle est authentifié.

Quant au second miracle, il est reconnu par le Vatican le 10 mars 1967.  Il s’agit du miracle de Homère Rhodius, datant de 1919.  A cette époque, Homère Rhodius était âgé de 69 ans.  Il souffrit d’une crise d’urémie qui le réduisit en quelques jours à un état très grave.  Les médecins jugèrent la maladie inguérissable.  La fille d’Homère Rhodius, Sœur Marie-Ludovica, était SND de Namur ; elle entama une neuvaine dans la chapelle du jardin où Julie était enterrée.  Une relique fut appliquée sur le malade et aussitôt, l’état du malade s’améliora sensiblement.  Et en moins d’un mois, il était parfaitement guéri.

Soumis en 1924, au moment de la reprise de la cause de Julie, ce miracle n’avait pas été validé par le Vatican.  C’est la première fois qu’un avocat du Consistoire, Giovanni-Battista Ferrata, réussit à obtenir un changement du premier jugement de la Consultation Médicale!

Illustration21-editedMonsieur Otacilio Ribeiro (miraculé) et sa fille Julie. 

Illustration22-editedPositio Super Miraculis reprenant les deux miracles de la canonisation, 1968.

Illustration23-editedBannière réalisée par Missori en 1968 pour la canonisation de sainte Julie.  On y voit Sainte Julie avec une SND de Namur et deux « cousines » (une SND d’Amersfoort et une SND de Coesfeld qui se réclament du même esprit et suivent la même règle mais sans lien juridique avec la congrégation des SND de Namur), entourée des enfants de toutes les nations.

Compiègne Thème – la vision

English

En tant que disciple de Jésus, Julie savait que la croix était inévitable dans sa vie: elle fit l’expérience d’épreuves et de souffrance. Mais elle savait aussi que c’était par la croix qu’elle ferait l’expérience de la résurrection et d’une nouvelle vie.

1_Citation_FR_Correction

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Dessin de la Bande dessinée, sainte Julie Billiart, éditions du Signe, 2000. (Disponible au Centre d’héritage des SND – heritagecentre@sndden.org)

Menacées à Gournay-sur-Aronde par les révolutionnaires, Julie et sa nièce Félicité sont emmenées à Compiègne et abandonnées dans la cour d’une auberge. Ce devait être en avril 1792, comme le rappelle un graffiti sur le mur du château de Gournay-sur-Aronde. Les années passées à Compiègne sont sans doute les plus difficiles de la vie de Julie. La santé de Julie se détériore vite : tout-à-fait paralysée, elle perd l’usage de la parole comme en témoigne l’abbé de Lamarche qui l’a connue en 1793 : « La Mère Julie vivait retirée dans une chambre, avec une de ses nièces qui la servait. J’allais la visiter, elle ne parlait que par signes. Pour la confesser, il fallait qu’elle fût avertie au moins une heure à l’avance. ». Infirme, elle s’offre en victime, présentant au Christ sa vie de femme dépossédée de toute activité et de toute possibilité de service. Poursuivies et indésirables, Julie et sa nièce changent plusieurs fois de logis jusqu’en octobre 1794, date à laquelle Madame Baudoin qui passait autrefois ses étés à Cuvilly prit Julie sous sa protection et la fit venir à Amiens.

• Compiègne et la Révolution

Alors que Julie est à Compiègne, le Roi Louis XVI est arrêté. C’est la fin de la royauté en France : la monarchie est remplacée par une République en septembre 1792. Le roi est exécuté mais pour faire face aux nombreux contre-révolutionnaires et monarchistes français, Robespierre met en place des mesures exceptionnelles qui seront appelées plus tard la « Terreur ». La plus connue est la terrible loi des suspects qui impose de recenser tous ceux qui desservent la cause de la Révolution. Partout, des comités de surveillance contrôlent l’opinion. Ils envoient les suspects aux tribunaux d’exception ou au tribunal révolutionnaire. Près de 20 000 personnes, suspectées de sympathie pour la contre-révolution, sont exécutées.

« Les jours ténébreux sont peut-être pour
nous les plus heureux pour glorifier le bon Dieu. »
Julie Billiart

• Julie, « l’indésirable »

Partout on recherche ceux qui desservent la cause de la Révolution française : c’est le cas des 16 Carmélites de Compiègne qui refusent de prêter serment de fidélité à la Nation (car en opposition avec leurs vœux d’obéissance). Le 17 juillet 1794, les Carmélites de Compiègne sont guillotinées à Paris.

Cette nouvelle fut sans doute très douloureuse pour Julie car elle était en relation avec les Carmélites de Compiègne (il s’agit du thème du mois de juillet : Julie et la persécution des Carmélites de Compiègne) :

  •  elle connaissait l’abbé de Lamarche qui, déguisé en ouvrier, avait béni chacune des Carmélites allant à la mort.
  • par sa nièce Félicité qui lavait le linge pour elles. On le sait grâce à une lettre de Mère Henriette de Croissy, Carmélite (entre 1792-1794).

Comme les Carmélites, Julie s’offre à Dieu pour sauver la France et les chrétiens ; elle souffrira profondément de leur mort violente à Paris en juillet 1794. Une lettre du Père de Lamarche à l’abbé Belfroy en 1820 permet d’approcher un peu le mystère de solidarité étonnante vécu par Julie à Compiègne avec tous les opprimés, les laissés pour compte : « Je l’ai suivie par intervalles environ une année ; j’admirais de plus en plus les progrès qu’elle faisait dans la piété. Elle s’offrait continuellement comme victime à Dieu pour apaiser sa colère… toujours calme, toujours unie à Dieu. Son oraison était presque continuelle. ». Le témoignage de l’abbé de Lamarche exprime son admiration pour la foi et la force d’âme de Julie.

3_Citation_FR
• Julie, isolée et sans grande nourriture spirituelle

Auprès de Julie, peu de personnes : sa nièce Félicité, qui au jour le jour devait la tenir au courant de la situation extérieure et notamment de la mort de son père en juin 1792. A partir de 1793, l’abbé de Lamarche qui fait sa connaissance alors « qu’il rendait des services de religion » à des personnes pieuses et aux Carmélites. On peut émettre l’hypothèse que ces dernières ont été à l’origine de cette rencontre, ou bien que l’abbé de Lamarche ait connu, par l’abbé Courouble, en 1792, l’adresse et le nom de l’infirme. Et sans doute, avant leur exil pour Liège, en novembre 1792, les abbés Courouble et Carlet, directeurs l’un des Carmélites, l’autre de la Visitation.

• « Confiance, amour, abandon total entre les mains du bon Dieu : voilà notre force, notre soutien » Julie Billiart

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Dessin de la Bande dessinée, sainte Julie Billiart, éditions du Signe, 2000. (Disponible au Centre d’héritage des SND– heritagecentre@sndden.org)

C’est lorsqu’elle souffrait le plus de son état physique, quand elle était totalement impuissante, traquée, entourée de la violence et de l’insécurité de l’époque que Julie vécut une des expériences spirituelles les plus profondes de sa vie. C’est à Compiègne qu’un jour, ravie en extase, Julie voit soudain Jésus en croix sur le Calvaire, entouré d’un grand nombre de femmes portant un costume religieux qu’elle ne connaît pas. Julie reçoit alors sa vocation de fondatrice : « Ce sont les Filles que je te donne dans l’Institut qui sera marqué de ma croix. »

C’est dans les souvenirs de quelques pensionnaires et surtout dans les dépositions en vue de la béatification (1881-1889) conservées dans les archives de la congrégation à Namur que nous trouvons des témoignages mentionnant la vision que Julie a eue à Compiègne vers 1793.

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Photo des fardes contenant les dépositions des sœurs en vue de la béatification de Julie. Archives générales de la congrégation à Namur.

« Elle avait eu une vision où le bon Dieu lui avait révélé l’œuvre qu’elle devait un jour fonder. Elle avait vu un calvaire, puis tout ce qu’elle devait endurer : souffrances, persécutions, etc., etc. Elle avait vu aussi des religieuses avec notre costume, et notre Seigneur lui avait dit : « Ces religieuses seront vos enfants. » Souvenirs de Mère Julie par Sœur Reine Cambier âgée de 78 ans, 1879 [Cahier vert 29 (Archives générales), p. 130-134].

1. Julie parle très peu de cette intuition mystique. Ce sont toujours des révélations intimes à l’une ou l’autre confidente.

« Comme je n’en ai jamais parlé à personne puisque cela m’était dit en confiance, j’ai un peu oublié. » Témoignage de Mademoiselle Henriette Fallon âgée de 84 ans (ancienne pensionnaire qui a connu Julie Billiart en 1809), Namur, 1879 [Cahier vert 28 (Archives générales), p. 78].

«Notre fondatrice était si humble qu’elle ne parlait jamais de cette vision. Nous l’avons connue par ma Sœur Anastasie, supérieure de la maison de Namur (1816-23). […] Sr Madeleine (celle qui marchait à béquilles) m’a raconté les mêmes choses, mais ma Mère Julie se confiait très rarement à ce sujet. » Souvenirs de Mère Julie par Sœur Reine Cambier, 1879.

« En 1812, si je ne me trompe pas, au moment où ma Mère Julie se rendait à Amiens pour la réunion, elle a eu encore une vision et l’a écrite à notre chère Mère Saint-Joseph, que nous avons voulu interroger à ce sujet, mais elle répondait : « Vous saurez tout cela au ciel. » puis elle souriait et quand nous insistions elle disait : « Ma Mère Julie ne serait pas contente si je parlais, car elle m’a fait déchirer la lettre qu’elle m’écrivit d’Amiens, et dans laquelle elle me racontait ce que notre Seigneur lui avait montré et dit quand elle approchait d’Amiens. » Souvenirs de Mère Julie par Sœur Reine Cambier, 1879.

Voici quelques précisions sur la vision de 1812 dont parle Sr Reine (voir le Procès de Fama sanctitatis en vue de la béatification de Julie). L’évêque d’Amiens avait exprimé ses regrets d’avoir éloigné Mère Julie de son diocèse et l’invitait à y revenir. Au moment de son entrée dans la maison (rue du Faubourg de Noyon à Amiens), Julie eut une apparition de Jésus-Christ chargé de la Croix, adressant ces paroles à Julie elle-même :  « Regardez-moi et suivez-moi ; je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » En même temps, le Sauveur paraissait s’éloigner de la maison du Faubourg-Noyon. Julie émettait beaucoup de réserves au sujet de ces grâces extraordinaires de sorte que les Sœurs ne surent que peu de choses de ce qui lui était arrivé. Mais encore une fois le thème de la croix était présent dans la vie de Julie.

2. La description de la vision est toujours la même : croix – persécution à Amiens – religieuses en costume

6_MAClaus_1882-1Télécharger le Témoignage de la Sœur Marie Adèle Claus déposé à Clapham (G-B) le 16 juin 1882. 6_MAClaus_1882 «

Les plus anciennes Sœurs de la congrégation nous ont parlé d’une vision dont fut favorisée notre Mère, pendant les années de souffrances et de privations qu’elle passa à Compiègne avant son séjour à Amiens, chez le Vicomte Blin de Bourdon : Il fut montré à Julie Billiart, encore sur son lit des douleurs, (1793), une CROIX ÉLEVÉE sur une montagne et au pied de la croix, un grand nombre de RELIGIEUSES, VÊTUES COMME NOUS LE SOMMES ; et Notre Seigneur lui dit que ces religieuses seraient ses enfants ; mais qu’elle aurait à subir une grande PERSÉCUTION À AMIENS. » Témoignage de la Sœur Marie Adèle Claus déposé à Clapham (G-B) le 16 juin 1882, pg 38-39.

3. Persécution à Amiens

« Notre bonne Mère Julie dit que c’était à cause de cette vision qu’elle avait éprouvé tant de répugnance à venir à Amiens, quand Madame Baudouin l’y appelait ; qu’elle savait que l’œuvre de l’Institut se ferait, mais qu’elle ne savait ni quand, ni comment. » Souvenirs de Mère Julie par Sœur Reine Cambier, 1879.

4. Visages qu’elle a reconnus plus tard, parmi lesquels

  • Mère Saint-Joseph : « Parfois pleine d’un confiant abandon, la bonne Mère Julie me racontait à la gloire du Sacré-Cœur de Jésus, pour lequel elle avait un si grand amour, sa guérison miraculeuse puis en se promenant elle me dit un jour, qu’étant encore sur son lit de douleur à Compiègne, incapable de bouger à cause de sa paralysie, le bon Dieu lui avait montré l’œuvre qu’il voulait accomplir par elle, et qu’elle avait vu dès lors que Mademoiselle Blin serait sa compagne dans cette œuvre, aussi ajouta-t-elle, quand Mademoiselle Blin me fit sa première visite après sa sortie de prison, je la reconnus immédiatement ! » Témoignage de Mademoiselle Henriette Fallon âgée de 84 ans (ancienne pensionnaire qui a connu Julie Billiart en 1809), Namur, 1879 [Cahier vert 28 (Archives générales), p. 78].
  • « Que dès lors elle avait distingué notre Révérende Mère St Joseph qui serait plus tard le salut et le soutien de l’Institut. » Déposition de la Sr Marie Claudine (dans le monde Julie Godefroit) le 25 janvier 1883 à Chimay, pg 56-57.

 

Après la mort de son père en 1797, Françoise était libre de se consacrer à Dieu comme elle le souhaitait. Mais, elle avait des doutes quant à la forme du projet : elle hésitait à devenir Carmélite. Ce n’est qu’à ce moment-là que Julie lui fit part de ce qu’elle avait vu au cours d’une vision qu’elle avait eue quand elle se cachait à Compiègne : des femmes religieuses rassemblées au pied de la croix et parmi elles se trouvaient le visage de Françoise que Julie ne connaissait pas encore. Après le décès du Vicomte Blin, Julie se sentait libre de lui parler de ses intuitions dans quelques lettres:

« J’ai toujours devant les yeux ce dont je vous ai parlé une fois : que le bon Dieu me fera la grâce de finir mes jours avec vous – La divine Providence ayant permis que je vous connaisse, vous aurez de quoi exercer votre zèle avec moi … – Sitôt que j’ai su la mort de votre papa, je vous ai vue vous jeter dans mes bras. Il m’a semblé que ç’allait être le moment où le bon Dieu vous donnerait à moi et moi à vous d’une manière si forte que la mort seule nous séparerait. »

  • Sr Ursule (Marie) Blondel : « Dans cette vision, elle connut distinctement chacune de ses premières religieuses, […] » « Quand la jeune MARIE (BLONDEL) se présenta à notre digne Mère, lors d’un de ses voyages à Gand, le 11 juin 1812, notre bonne Mère voyant s’approcher cette candide jeune fille de 17 ans fit un pas vers elle, et dès que Marie dit : « Ma Révérende Mère, permettez-moi de solliciter la faveur … » notre fondatrice interrompit la future postulante et l’embrassant avec effusion, lui dit : « Oui, oui, vous serez ma bonne chère fille, je vous ai vue à Compiègne. » Notices des sœurs défuntes, XIV, pg 47 et Déposition de la Sr Julienne des Anges (Marie Philomène Berlenger) le 2 août 1882 à Anvers, pg 3-4.
  • « Mais notre respect pour notre vénérée Fondatrice était tel, que pas une de nous pas même notre Supérieure, Sr Marie Steenhaut, n’osa demander à notre chère Mère Julie l’explication de cette parole : « Je vous ai vue à Compiègne ». Annales du Nouveau-Bois à Gand.

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Les réfugiés SDF ou immigrants

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1_CitationPape

A cause des troubles liés à la Révolution française, Julie est contrainte de fuir son village natal en mai 1791.  A 40 ans, elle n’avait jamais quitté Cuvilly, ses parents et sa famille.  Durant trois ans, elle fuit et se cache.  Bien qu’elle reçoive la protection de quelques bienfaitrices qui prennent des risques énormes en la cachant et l’aide de sa nièce Félicité qui l’accompagnera sur le chemin de l’exil, cette période est la plus sombre de sa vie.

Pourtant la souffrance et les grandes difficultés n’enlèvent rien au fait de sa confiance en Dieu.

2_CitationJulie

  • Janvier à mai 1791 : Troubles religieux à Cuvilly

Quand la Révolution éclate à Paris en juillet 1789, Julie fête ses 38 ans.  Elle est paralysée déjà depuis plusieurs années : en 1782, Julie avait été touchée par une épidémie que les médecins de l’époque croyaient pouvoir guérir par d’abondantes saignées qui, peu à peu, lui enlevèrent l’usage des deux jambes.  Ce fut pour elle un temps de profonde croissance spirituelle.  Clouée dans son lit, Julie prie beaucoup et continue son œuvre de catéchiste en accueillant des villageois parmi lesquels ses bienfaitrices.  Julie ouvrait des chemins de totale confiance en Dieu aux habitants de Cuvilly, déboussolés par les idées nouvelles et les tourments liés à la Révolution.

C’est en 1791 que les troubles éclatent à Cuvilly.  Le 12 juillet 1790, la France adoptait un nouveau décret, la « Constitution civile du clergé » : le clergé devenait un corps de fonctionnaires payés et choisis par l’Etat ; ceux-ci devaient prêter un serment de fidélité à la nation.  Les prêtres avaient jusqu’au 1er janvier 1791 pour prêter serment.

3_Serment
Illustration qui montre comment obliger les prêtres à prononcer serment de fidélité à la nation.

Le 9 janvier 1791, l’abbé Dangicourt, en place à Cuvilly depuis plus de 15 ans, et son vicaire Delaporte prêtent serment dans l’église paroissiale en ces termes :

« Je jure de veiller avec exactitude sur les fidèles qui nous sont confiés, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de soutenir, de tout notre pouvoir, la Constitution décrétée par l’Assemblé Nationale et acceptée par le roi, en tout ce qui ne sera pas contraire à la religion, étant écrit dans la suprême loi : rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

4_SermentDangicourtclic qui permet d’agrandir et de lire le document
Texte du serment des prêtres Dangicourt et Delaporte, 9 janvier 1791 (expédition au Département le 16 janvier 1791), Bibliothèque Municipale de Compiègne (B. M. C.), Mss 169, pièce 36.  Cliquez pour agrandir l’image.

Ce serment est considéré comme mauvais par le district.  En s’opposant aux idées de la Révolution, l’abbé Dangicourt et son vicaire deviennent ennemis de l’Etat.

Invités le 29 janvier à refaire leur serment par les autorités compiégnoises, les deux hommes s’y refusent.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Lettre autographe du curé Dangicourt regrettant de ne pas se rendre à Compiègne, 4 avril 1791, B.M.C., Mss 169, p. 47.  Cliquez pour agrandir l’image.

A la différence de la plupart des autres cas, les deux ecclésiastiques trouvent un solide appui dans la masse de leurs paroissiens et dans la municipalité du village : les notables de Cuvilly présentent au District, le 12 mars, une pétition pour garder leurs curé et vicaire, et les salarier par une contribution volontaire tandis que la municipalité de Cuvilly demande au district de garder son curé : «… la perte d’un pasteur que les habitants de Cuvilly considèrent comme un père serait pour eux un sujet d’affliction que nous voudrions éviter …».  Finalement la cure est déclarée vacante et l’ancien cordelier compiégnois, Jean-Baptiste Rollet, est investi le 8 mai de la lourde tâche consistant à remplacer l’abbé Dangicourt.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Proclamation des prêtres élus aux cures vacantes, 9 mai 1791, Archives Municipales Compiègne, P4 dossier 18-24, cultes.  Cliquez pour agrandir l’image.

Dès son arrivée le 15 mai à Cuvilly, le nouveau curé reçoit des lettres anonymes de menaces, tandis que la réception municipale est des moins chaleureuses.  Le 24 mai, il envoie un appel au secours au district dans une lettre.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document
Retranscription d’un extrait du Registre des Délibérations du Directoire du District de Compiègne, 25 mai 1791, Archives Départementales de l’Oise – Série L.  Cliquez pour agrandir l’image.

Le district dépêche alors trois de ses membres accompagnés de détachements de la garde nationale et du régiment du Berry pour aller rétablir l’ordre à Cuvilly.  On arrête l’ex-vicaire Delaporte ainsi que plusieurs habitants considérés comme meneurs des troubles.  Trois de ces prisonniers, les Guilbert et Lanvin, sont de la parenté de Julie.  Les prévenus, Delaporte vicaire et François Lanvin maçon, sont conduits devant le tribunal du Département de l’Oise tandis que les Guilbert sont renvoyés à Cuvilly sous la surveillance de la municipalité.  Finalement, les prévenus bénéficient de l’indulgence du Tribunal.  Le calme semble rétabli dans la paroisse de Cuvilly où un nouveau maire est bientôt élu.

L’abbé Dangicourt serait parti pour le mont Valérien, en juin 1791, il meurt à Paris en octobre de la même année.  L’abbé Delaporte, de retour au village, aurait continué à dire la messe dans la chapelle du château de Séchelles.  On ignore où il séjourne entre 1791 et 1829, date à laquelle on le retrouve curé à Ressons-sur-Matz.

Quant à Julie, elle souffre de plus en plus mais sa confiance en la bonté de Dieu ne fait que se renforcer.  Elle devient un tel exemple de confiance et de fermeté dans la foi que les forces révolutionnaires voient en elle une menace.

« Julie eut le bonheur de préserver du schisme beaucoup de personnes qu’elle instruisait quand elles venaient la voir. » (Abbé Trouvelot, 1820)

« Et telle fut l’estime que les villageois avaient conçue pour la pauvre infirme que lorsqu’ils se virent privés de leur pasteur légitime, ils consultèrent Julie pour savoir s’ils devaient obéir au prêtre constitutionnel.  Forte dans sa foi, elle empêcha tout ce peuple de sombrer dans le schisme, ce qui lui a valu la persécution des partisans de la révolution. » (Sr Thérèse de la Passion, 1881)

Il est intéressant de noter qu’en 1793-94, Cuvilly reste l’une des communes du district les plus récalcitrantes à la déchristianisation ; l’agent national Bertrand déplore les « regrets du culte » manifestés par les habitants et leur reproche «leur opiniâtreté et leur entêtement pour le régime superstitieux et fanatique».

  • Chemin de l’exil
    Mai 1791 : Julie trouve refuge à Gournay-sur-Aronde

Persécutée à cause de sa prise de position vis-à-vis des “prêtres constitutionnels” (ceux qui ont prêté serment de fidélité à l nation), Julie est contrainte de fuir Cuvilly et de se cacher.  Madame de Pont l’Abbé dont le château se trouve à Gournay-sur-Aronde lui offre l’hospitalité en prenant des risques énormes comme tous ceux qui voulaient aider les personnes non désirées.  « Cette dame, qui venait autour du lit de Julie à Cuvilly et dont elle est extrêmement aimée, pour la soustraire à la persécution, vient la chercher dans sa voiture et la mène au château. »  Elle en prend soin jusqu’au moment où la fureur de la Révolution la contraint elle-même d’abandonner son château.  Julie est accompagnée de sa nièce, Félicité, âgée de 16 ans mais ne reverra plus son père, décédé alors qu’elle était à Compiègne, et apercevra une dernière fois sa mère quand elle fut transportée de Compiègne à Amiens.

8_CitationBiblique

9_GournayChâteau de Gournay-sur-Aronde

Julie demeure approximativement un an chez Madame de Pont l’Abbé.  Tourmentée elle-même, Madame de Pont l’Abbé doit fuir en Angleterre avec d’autres aristocrates émigrés, où elle meurt, laissant Julie et sa nièce Félicité, à la garde du concierge, Monsieur Camus.  Celui-ci, gendre du régisseur de la famille de Pont l’abbé, vient d’acquérir, comme bien national, la ferme du château régie par son beau-père.  Selon le Père Charles Clair, Monsieur Camus et Julie deviennent très vite amis.  Malgré ce gage donné à la Révolution, Monsieur Camus ne paraît pas avoir été un chaud partisan des idées du jour ; car il témoigne à la « fanatique dévote » un respectueux attachement dont le souvenir s’est précieusement conservé dans sa famille.

Chronologie du château de Gournay-sur-Aronde, cliquez ici.

D’après le témoignage du Père Sellier, «quand les révolutionnaires vinrent s’emparer du château et mettre la séquestre sur tout ce qu’il renfermait, les domestiques conduisirent Julie sur une charrette remplie de différentes pièces de meubles (d’autres dépositions parlent d’une charrette de foin) jusque sur la place de Compiègne où une famille charitable dont on ignore le nom en eut compassion»

Ce devait être en avril 1792, comme le rappelle un graffiti sur le mur du château.

10_Graffiti-1Graffiti du château de Gournay, mur latéral : souvenirs, en particulier, des troupes qui y furent cantonnées à l’époque révolutionnaire : « le 2ème bataillon de la Haute-Vienne foutra le bal aux aristocrates – 1792 La Nasion – 1794 Hemeri ».

Les patriotes des environs voulaient-ils s’en prendre uniquement à Julie, « la dévote », ou à Madame de Pont l’Abbé, dame noble qui la protégeait?  On peut s’étonner qu’une paralysée puisse être suspecte pour des révolutionnaires.  Mais il ne faut pas minimiser les incidents du 25 mai 1791 à Cuvilly ; parmi la population opposée à l’arrivée du prêtre constitutionnel, il y avait les Guilbert et Lanvin qui sont de la parenté de Julie.  Elle-même était connue à Cuvilly comme une fervente chrétienne en relation avec des prêtres non-constitutionnels ; et, qui plus est, elle eut partie liée avec des nobles, les de Pont l’Abbé, qui avaient émigré.  D’où les attributs de dévote… fanatique… suspecte.

Avril 1792 : Julie est abandonnée à Compiègne

11_CharretteJulie transportée dans une charrette de foin avec sa nièce.

Selon le témoignage de l’abbé Trouvelot, curé de Ressons-sur-Matz, Julie et Félicité reçoivent l’hospitalité des demoiselles de Chambon, qui auraient habité rue des Grandes Ecuries.  Nous ne savons presque rien de ces demoiselles, à part la bravoure dont elles ont dû faire preuve pour accueillir une étrangère bien mal à point !

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Mt 25, 35)

A Compiègne, la santé de Julie se détériore vite.  Tout-à-fait paralysée, elle perd l’usage de la parole.

Poursuivies et indésirables, Julie et sa nièce changent plusieurs fois de logis en deux ans et demi mais comme le signale Sr Marie-Francine Vanderperre, les Archives de Compiègne n’ont pas gardé le souvenir de la réfugiée qui n’a pas défrayé la chronique locale.  Seuls, un billet de la Carmélite Mère Henriette de Croissy cite les noms de Julie et Félicité, et une liste de réquisition pour la farine dressée en 1794 signale Julie et sa « niesse », rue Dufour.

12_LettreCarmeliteclic qui permet d’agrandir et de lire le document
Lettre (entre 1792-1794) de Mère Henriette de Croissy, Carmélite. Arch. dép. Q, FF1 n°50.  Comme on le découvre dans cette lettre, Julie est en relation avec les Carmélites de Compiègne par sa nièce Félicité qui lavait, semble-t-il, le linge pour elles.  En 1793, Julie reçoit plusieurs visites du Père de Lamarche qui connaissait aussi les Carmélites de Compiègne.  Comme elles, Julie s’offre à Dieu pour sauver la France et les chrétiens ; elle souffrira profondément de leur mort violente à Paris en juillet 1794.  Cliquez pour agrandir l’image.

clic qui permet d’agrandir et de lire le document13_RequisitionCardon
Registre de réquisition avec signature du citoyen Cardon et datation du 27 mai 1794.  Cliquez pour agrandir l’image.

Octobre 1794 : Julie est accueillie à Amiens

En octobre 1794, Madame Baudoin qui passait autrefois ses étés à Cuvilly fait venir Julie à Amiens à l’hôtel Blin de Bourdon, où elle loue un appartement pour elle-même et ses trois filles.  Elle espére que la présence de l’infirme lui apporte force et courage après la mort de son père et de son mari sur l’échafaud.

« Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. » (Lévitique 19,34)

  • Les Sœurs de Notre-Dame de Namur ont aussi été des étrangères, des nouvelles arrivées.

En 2 février 1806, durant le chant du Nunc dimittis, Mère Julie a une vision de l’apostolat futur de la congrégation qui passerait les mers et porterait au monde le message de la « Bonne Nouvelle ».

« Comme tant d’autres congrégations internationales, nous avons voyagé bien au-delà de nos racines. Des Sœurs sont entrées dans des groupes sociaux, des quartiers et des pays où elles étaient des étrangères. » Newsletter du l’équipe du leadership de la congrégation (CLT), Mars 2019.

«  Notre histoire révèle qu’une vision étriquée de la mission et la crainte d’être critiquées (que pensait-on de nous ?) nous a empêchées d’accueillir comme membres des habitants du lieu.  Heureusement nos yeux et nos cœurs se sont ouverts. […]   Le partage d’événements de notre vie permet d’effacer notre complexe d’étranger, d’accueillir celle qui se trouve à nos côtés et d’ouvrir nos cœurs. » Newsletter du CLT, Mars 2019.

  • Les Sœurs de Notre-Dame de Namur accueillent aussi des réfugiés.

Dans cette tradition, remarquons ce que les sœurs reconnues « Justes parmi les nations » ont accompli pour sauver des juifs durant la guerre.

Pour en savoir plus sur les sœurs qui ont sauvé des enfants juifs durant la deuxième guerre mondiale, cliquez ici.

Aujourd’hui, encore, de nombreuses sœurs de Notre-Dame de Namur accueillent et soutiennent des réfugiés et des migrants, comme Sr Marie-Dominique Kohler qui vit en Suisse et donne des cours d’allemand aux réfugiés.

Pour lire le témoignage de Sr Marie-Dominique Kohler, cliquez ici. http://sndden.be/soeur-marie-dominique-kohler

« Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. » Eph. 2, 19.

La famille

anglais

1-Citation-Pape

Le pape François dans Amoris Laetitia a appelé les familles à créer les conditions pour permettre aux enfants « d’accueillir la grâce de Dieu ».

Comment les parents de Julie Billiart ont-ils vécu cela pour leurs enfants ?

« Allons, allez bien au bon Dieu, tout bonnement, tout bonnement, comme un petit enfant, avec simplicité de cœur. » Julie, L. 81.

Les parents de Julie lui ont ouvert des chemins de vie et de joie mais son seul Maître est le Saint-Esprit auquel elle a répondu avec la simplicité de l’enfant.

« Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.» Matthieu 18:3

  • Famille chrétienne

« La maison : lieu où l’être humain devient lui-même, c’est là que Julie a appris à aimer, à prier, à grandir, dans la foi, la confiance, l’abandon. »

Mariage chrétien

C’est à Cuvilly, petit village du Nord de la France, dans un foyer où « la piété et la vertu étaient héréditaires » que Julie est née.  Son père, Jean François Billiart (de Cuvilly), épouse sa mère Marie-Louise Antoinette Debraine (de Maignelay) en 1739.  Une démarche cohérente qui donne sens au baptême de leurs enfants.

2-MariageBilliart_DebraineActe du mariage des parents de Julie Billiart en 1739.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Baptême – Eucharistie – Confirmation

12-CitationSeptième enfant du couple, Julie est baptisée le jour de sa naissance le 12 juillet 1751.

3-Bapteme_julieActe du baptême de Julie Billiart.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

« Vous recevrez ma lettre pour l’anniversaire de mon baptême.  Mon Dieu, combien je devrais mourir de honte d’avoir déjà passé tant d’années sur la terre et de n’être pas morte d’amour pour mon Dieu. »  Julie, L. 55.

Les parents de Julie l’avaient si bien encouragée dans sa foi de sorte que l’abbé Dangicourt découvrit une petite fille de 8 ans déjà pleine de ferveur et d’entrain à partager son amour pour Dieu.  A 9 ans, l’abbé Dangicourt accorde à Julie la permission très rare de recevoir la première communion.  A 13 ans, Julie reçoit le sacrement de confirmation le 4 juin 1764.   A 14 ans, elle se consacre au Seigneur par le vœu de chasteté perpétuelle.

4-Confimation_julie_1764Confirmation de Julie Billiart le 4 juin 1764 à Cuvilly.  Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

5-CroixReliquairePour récompenser Julie de sa conduite exemplaire, elle reçoit d’un chevalier une croix reliquaire.  Lorsqu’elle quitte Cuvilly, Julie la donne à son église natale.  En 1882, l’abbé Fournier, curé de Cuvilly, l’envoie à la Maison Mère des Sœurs de Notre-Dame à Namur. La croix est aujourd’hui exposée dans le Centre d’héritage à Namur

Découverte de Dieu comme un père aimant

Depuis sa tendre enfance, elle reçoit une éducation chrétienne par ses parents qui s’occuperont d’elle de façon bienveillante jusqu’à son départ de Cuvilly, à l’âge de 40 ans.  C’est à leur contact que s’est formée en elle « l’image de Dieu comme un tendre père et une mère aimante ».

« Tout simplement, il faut que nous fassions comme les enfants qui, dans une nuit bien profonde, tiennent la main de leur père ou de leur mère et se laissent conduire où on les mène. »  (Lettre de Julie à Françoise Blin, 1er sept. 1795)

Ouverture et initiation à la prière

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Dans plusieurs dépositions faites en vue de la béatification de Julie et notamment dans le témoignage de l’abbé Trouvelot, on peut lire que « enfant, Julie se retirait souvent dans sa petite chambre pour y prier et elle le faisait avec un recueillement qui édifiait ses parents et ceux qui en étaient témoins ».  La prière pénétrait la vie de Julie et lui donnait sens.  Durant sa maladie, elle pouvait passer  plusieurs heures par jour en prière ; elle se renforçait ainsi dans sa foi.

6-maison nataleJBDessin anonyme de la maison Billiart autrefois (vers 1791 ?)

Pour en savoir plus sur la maison natale de Julie Billiart, cliquez ici. 

Julie avait la plus tendre dévotion envers la Sainte Vierge.  C’est une tradition recueillie par Monsieur Fournier, ancien curé de Cuvilly, qu’avant de quitter l’église, elle allait toujours s’agenouiller devant l’autel de Notre-Dame.

7-banniere_JulieBannière que Julie a brodée qui porte aux quatre coins des cornes d’abondance, versant des fleurs, et au milieu le monogramme de Marie en chenille et en paillettes dorées avec cette inscription : Tota pulchra es, Maria, et macula non est in te. Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israel.  Cette bannière est aujourd’hui exposée dans le Centre d’héritage à Namur

Comme les autres membres de sa famille, Julie avait une dévotion au Sacré-Cœur.

  • Deux listes manuscrites (énumérant les membres de la confrérie du Sacré-Cœur de Jésus établie à Cuvilly), de la main de l’abbé Dangicourt ont été retrouvées dans un manuel de prières. Le dixième nom de la première liste est celui de Julie Billiart, suivi un peu plus bas de ceux de sa sœur Marie-Madeleine, de son frère Louis-François et de plusieurs personnes de leur parenté.

8-Liste_SacreCoeurCette liste est reproduite dans Father J. Clare, The life of Julie Billiart, Sands and Company, 1909

  • Dans sa déposition juridique faite à Beauvais en 1882, Madame Victoire Berthelot (petite-nièce de Julie Billiart) atteste que le culte du Sacré-Cœur se transmettait comme un héritage: « Ma Mère nous disait : Je prie le Sacré-Cœur, mes enfants.  Conservez cette dévotion : c’est une dévotion de famille. ».

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Madame Victoire Neute-Berthelot. Photo sans date (avant 1895) prise devant la chambre de Julie à Cuvilly.

Pèlerinage familial

Enfant, Julie fait un pèlerinage avec toute sa famille à Montreuil-sous-Laon où se trouvait alors l’icône de la Sainte Face, pour obtenir la guérison de ses yeux malades.

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Sainte Face, aujourd’hui à la cathédrale de Laon

  • Foi dans l’action

Famille qui fait le choix de la vie

La mort des enfants en bas âge était chose courante à l’époque et les Billiart n’échappent pas cette épreuve.  La famille de Julie fait le choix de la vie malgré la souffrance et les douleurs.

Des neuf enfants Billiart, quatre meurent en bas âge et deux à l’adolescence.

A la naissance de Julie, trois enfants sont déjà morts.  Julie reçoit le prénom de sa sœur Marie-Rose décédée un an plus tôt.  Trois autres enfants de la famille Billiart décèdent : Julie a 8 ans quand ses parents perdent leur nouveau-né ; puis 13 ans, quand sa sœur de 22 ans meurt ; et enfin 14 ans, quand elle perd son frère aîné qui avait 16 ans.  A partir de 1765, ils ne sont plus que trois enfants dans la maison: Julie (14 ans), Marie-Madeleine (21 ans) et son petit frère, Louis (11 ans).

Ces épreuves de deuil ont certainement soudé la famille Billiart, encourageant chacun à se dépasser pour se serrer les coudes.

Enfants de la famille Billiart

Louise Antoinette                                          1739-1741
Marie Louise Angélique                               1742-1764
Marie Rose                                                      1743-1750
Marie Madeleine Henriette                         1744-1819
Bonaventure                                                   1747-1750
Jean Baptiste                                                   1749-1765
Marie Rose Julie                                             1751-1816
Louis François                                                1754-1832
Enfant décédé le jour de sa naissance       21/11/1759


Le sens du labeur
Pour en savoir plus sur la famille de Julie Billiart, cliquez ici

14-Moisson

Les parents de Julie possèdent un petit commerce de tissus et d’articles de mercerie ainsi qu’une parcelle de terre pour faire vivre leur famille.  Malgré les revers de fortune et les jalousies dans le village, les parents de Julie ont le sens du labeur.  Julie en hérite.

En 1767, Jean-François Billiart est contraint de vendre presque tout son terrain, après que des voleurs s’emparent de biens de son commerce. Pour aider ses parents, Julie confectionne du linge d’église et de la dentelle et travaille avec beaucoup d’ardeur dans les champs avec les ouvriers de la terre.  Elle entreprend aussi de fréquents voyages à pied ou à cheval pour vendre le peu de marchandises dédaigné par les voleurs, allant même jusqu’à Beauvais pour négocier à sa juste valeur quelques pièces de rouennerie à un honnête commerçant.

11-ciseaux_Julie

 

Ciseaux ayant appartenu à Julie.

Une famille qui vit la séparation comme un chemin de vie pour leurs enfants

Même si elle n’en a pas encore conscience, à l’âge de 40 ans, Julie quitte Cuvilly et sa famille pour suivre le projet de Dieu.  La souffrance et les grandes difficultés n’enlèvent rien au fait de sa confiance en Dieu.

« Tout ira bien, parce que je mets toute mon espérance dans le Seigneur, toute ma confiance en mon Dieu : c’est son œuvre, non pas la mienne. » (Julie, L. 283)

Julie n’était pas seule dans la douleur de l’exil, elle a pu compter sur le soutien de sa famille à travers Félicité, la fille de sa sœur Marie-Madeleine.  Félicité n’avait que 7 ans quand sa tante Julie fut paralysée et fit preuve d’une grande bonté envers Julie, n’hésitant pas à la suivre lorsque Julie dût fuir Cuvilly.  Comme sa présence a dû adoucir cette terrible épreuve pour Julie !  Julie ne reverra plus son père, décédé alors qu’elle était à Compiègne, et aperçut une dernière fois sa mère quand elle fut transportée de Compiègne à Amiens.

  • Une famille qui met sa foi en œuvre

Inspirée par ses parents, Julie met sa foi en œuvre en mettant son attention sur les pauvres et l’accueil de tous autour de son lit de malade.

« Elle était capable de rendre la religion attirante à une époque où un grand nombre commençaient à abandonner la foi » Roseanne Murphy

Et nous aujourd’hui dans un contexte différent : « comment entendons-nous l’appel du pape François ? ».

février 2019: La Bonté de Dieu

Section 1
Section 2
Section 3
Section 4

anglais

Découverte de la bonté de Dieu à travers les PERSONNES BIENVEILLANTES qui ont entouré Julie Billiart à Cuvilly

Le point de départ de Julie, comme celui de tous les saints, est la foi ; chez elle, la foi en un Dieu bon, un Dieu Père dont l’amour compatissant l’entoure, la soutient et la porte, quelles que soient les circonstances de la vie. Elle croit en cet amour intelligent, généreux et personnel tout au long de sa vie, que ce soit dans la pauvreté familiale, dans la maladie ou dans le danger mortel de la Révolution.

Pour ce thème du mois de février, nous allons découvrir comment Julie a expérimenté la bonté de Dieu durant sa jeunesse à Cuvilly, petit village dans le Nord de la France où Julie est née et a vécu les 40 premières années de sa vie.



SECTION 1: 3 RÉCITS SUR JULIE ET SA VIE À CUVILLY

a. Le témoignage de MONSIEUR TROUVELOT, curé de Ressons, 20 janvier, 1820
b. Les notes du PÈRE SELLIER,18 juin, 1852
c.  Les Mémoires de MERE SAINT-JOSEPH

Dans les Archives de la Congrégation, nous n’avons pas de témoignages directs d’une personne ayant connu Julie durant sa jeunesse à Cuvilly. C’est à travers le regard de TROIS personnes qui ont bien connu Julie que nous allons découvrir comment Julie a expérimenté la bonté de Dieu durant sa jeunesse.

1 a: Le témoignage de MONSIEUR TROUVELOT, curé de Ressons, 20 janvier 1820   C’est lui qui nous en apprend le plus sur la jeunesse de Julie car il s’est rendu à Cuvilly peu de temps après la mort de Julie pour recueillir les témoignages des contemporains.  «Voilà les renseignements que j’ai pu avoir sur la jeunesse de Julie Billiart, » écrit-il. «Je suis d’autant plus sûr de ce que j’avance, qu’ayant eu l’avantage de connaître particulièrement cette sainte fille, j’ai su d’elle-même la plupart des choses que son frère m’a répétées. » Il s’agit du jeune frère de Julie, Louis Billiart (1754-1832).

signature_trouvelot  trouvelot_1820

1 b: Les notes du PÈRE SELLIER, 18 juin 1852
qui a rencontré Julie en 1795 mais n’eut des rapports avec elle qu’en 1810 ou 1811

Le Père Sellier nous donne des précisions sur l’abbé Dangicourt qui jouera un rôle considérable auprès de Julie.

signature_sellier  sellier_1852

1 c: Les Mémoires de MÈRE SAINT-JOSEPH qui a rencontré Julie en 1794

Entre 1818 et 1838

Les mémoires de Mère Saint-Joseph apportent quelques précisions.

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Nous ajouterons quelques détails donnés par SOEUR THÉRÈSE DE LA PASSION (Elisabeth Lomax) en 1881 et par le PÈRE CLAIR,  qui a écrit une biographie de Julie, écrite en 1895 (celui-ci a eu accès à de nombreux documents, aujourd’hui disparus à cause du bombardement de 1940).

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SECTION 2:  PERSONNES QUI ONT ENCOURAGÉ JULIE DANS SA FOI D’UN DIEU BON

Pourquoi entendait-on déjà à Cuvilly parler de Julie comme « la sainte qui sourit.» N’est-ce pas qu’intuitivement la population percevait en elle ce sourire de bonté de Dieu imprimé sur son visage.

Julie, aussitôt qu’elle en eut conscience a toujours fait ce choix de vie proposé à chacun dès le début de la Bible: Deut.30 19 « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que tu vives toi et ta descendance après toi. »

Et c’est ainsi que, pas à pas elle avança dans la vie entourée de personnes qui la confirmèrent dans son identité de « fille bien-aimée du Père. »

Carte interactive avec les personnes qui ont encouragé Julie dans sa foi.
Glissez votre souris sur la carte et cliquez sur les icônes.

 



SECTION 3:  PERSONNES BIENVEILLANTES SUR QUI JULIE A RÉPANDU LA BONTÉ DE DIEU

Tout en touchant à cette bonté qui lui était révélée par Dieu Lui-même : dans la prière, l’Eucharistie, les personnes bienveillantes qui l’entouraient, Julie ne put garder pour elle ce trésor inestimable de vie et elle l’éveilla naturellement en celles et ceux qu’elle côtoyait !

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Dans sa lettre de 1820, Monsieur Trouvelot nous décrit une jeune fille sociable et active: dès l’âge de sept ans, après l’école, « Julie lisait des livres de piété et apprenait le catéchisme aux autres enfants. » D’après les déclarations des villageois recueillis par Monsieur Trouvelot, « Jamais on ne vit Julie dans les assemblées de jeux ni de divertissements. La prière, la lecture de bons livres, instruire les autres enfants, les détourner des occasions du péché : c’étaient là toutes ses récréations. » Julie « était d’un naturel très vif mais aidée de la grâce, elle sut si bien modérer sa vivacité que, même dans son enfance, personne n’en souffrit. » Monsieur Trouvelot tenait du frère de Julie que même quand elle parvenait à froisser son cadet, « elle s’en punissait sur le champ et savait si bien réparer ses torts, qu’elle était la seule qui s’en plaignit. »

« Encore jeune dans la maison paternelle, rapporte Mère Saint-Joseph, elle instruisait les enfants d’une pauvre famille et beaucoup d’autres personnes. De ce nombre était un petit mendiant auquel elle donna de si bonnes leçons qu’elle lui ôta la première grossièreté et le mit en état d’occuper une petite place. Après celle-ci il en eut une autre, et, de place en place, il s’établit et parvint à une honnête fortune. J’ai vu avec attendrissement une lettre très bien écrite, pleine de sentiments de religion et de reconnaissance, qu’il écrivit à notre chère mère trente ans plus tard pour la remercier, la regardant, après Dieu, comme la principale cause de son bonheur. »

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Après sa communion, Julie commença « à s’occuper du travail de la campagne pour aider ses père et mère » et « visitait le Saint-Sacrement dans l’après-midi ou le soir ». « A l’heure du délassement permise au milieu de la journée, elle assemblait les moissonneurs, hommes et femmes, leur parlait du bon Dieu et leur faisait chanter des cantiques. »

Après le vol commis dans la boutique de ses parents , « Julie, âgée de 15 ou 16 ans, se mit à travailler avec un courage que rien ne rebutait ; elle faisait la moisson et il n’y avait pas d’ouvrier qu’elle ne surpassait. »  « Jamais cependant ses devoirs de chrétienne n’en étaient négligés ; elle se confessait et communiait tous les huit jours et faisait toujours avec une piété et un recueillement qui montraient combien elle sentait l’importance de ces actions. Elle tirait du sacrement de l’Eucharistie, les forces dont elle avait besoin pour supporter les fatigues. »

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Le Père Trouvelot nous raconte aussi commenté t, un jour, Julie « se confiant à Dieu » prit  « la route de Beauvais où elle n’avait jamais été pour vendre au premier marchand dont elle vit la boutique la marchandise de ses parents qui manquaient d’argent. »  « Elle continua pendant six ans, à travailler et à faire la moisson. »

A l’âge de 21 ou 22 ans, Julie tomba malade, « victime de l’ignorance de ce misérable chirurgien de Cuvilly qui la saigna au pied. »  Elle en resta « infirme et dans l’impuissance de se servir de ses jambes jusqu’à ce qu’elle en fût guérie. » La maladie aurait pu l’isoler mais sa personnalité expansive et son enthousiasme incitaient les personnes à lui rendre visite.

« Infirme et privée de l’usage de ses jambes, elle trouvait encore du bien à faire. Les nobles dames qui la secouraient dans ses nécessités temporelles y venaient chercher , du gré de leur pasteur, son secours dans leurs nécessités spirituelles. Elle faisait encore le catéchisme à des enfants et les villageois qui s’assemblaient volontiers autour de son lit. »

Carte interactive avec les dames nobles qui vinrent en aide à Julie
Glissez votre souris sur la carte et cliquez sur les icônes.



SECTION 4:  BONTÉ DE DIEU TOUTES LES CIRCONSTANCES DE SA VIE

A l’opposé des vues rigides du Jansénisme qui prédominaient au sein des élites du peuple chrétien français à son époque, Julie décrit toujours Dieu comme un Dieu de bonté.

“Voilà la solide vérité”, disait-elle, “le bon Dieu nous demande de faire seulement le bien qu’il nous est possible de faire, avec sa grâce.”

Julie souffrait de plus en plus mais comme le dit St Paul “c’est lorsque je suis faible que je suis fort” et sa conviction intime en la Bonté de Dieu était inaltérable dans toutes les circonstances de la vie

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• Durant sa maladie :
Autrefois jeune fille active de Cuvilly, voyageant, commerçant, réconfortant les malades, prenant la tête de la paroisse, Julie, maintenant sur un lit de malade, attendait ; elle se renforçait dans sa foi passant plusieurs heures par jour en prières. D’après le Père Sellier, Julie profita «si bien des leçons de son saint directeur, l’abbé Dangicourt, qu’elle devint en peu d’années un modèle d’édification que la longue série d’épreuves et l’infimité ne contribuèrent pas peu à son avancement dans la voie de la sainteté par les vertus que cet état de souffrances lui donna occasion de pratiquer.» Dans ses Mémoires, Mère Saint-Joseph parle des croix de Julie, de son lit de douleur : «une foi vive pouvait seule soutenir sa patience et des entretiens longs et intimes avec Dieu, dans l’oraison, adoucissaient ses maux, fortifiaient son amour et la disposaient aux desseins de la Providence».

En Post Scriptum à sa lettre, Monsieur Trouvelot rapportent les dires des personnes « qui lui ont parlé hier », : «quand elle était infirme, elle les faisait venir dans sa chambre, qu’elle les instruisait malgré ses douleurs et leur faisait aimer la vertu tant elle la leur peignait avec des couleurs aimables, et surtout par sa patience, sa bonté et le zèle qu’elle mettait à les instruire.»

• Malgré le danger de la Révolution :
Julie ouvrait des chemins de totale confiance en Dieu aux habitants de Cuvilly, déboussolés par les idées nouvelles et les troubles liés à la révolution, ce qui les rassuraient et les guidaient. «Et telle fut l’estime que les villageois avaient conçue pour la pauvre infirme que lorsqu’ils se virent privés de leur pasteur légitime, ils consultèrent Julie pour savoir s’ils devaient obéir au prêtre constitutionnel. Forte dans sa foi, elle empêcha tout ce peuple de sombrer dans le schisme, ce qui lui a valu la persécution des partisans de la révolution.»

Monsieur Trouvelot le dit dans sa lettre en 1820 : «Julie s’occupait de l’instruction de la jeunesse, surtout d’apprendre le catéchisme aux enfants et aux ignorants. Elle eut le bonheur de préserver du schisme beaucoup de personnes qu’elle instruisait quand elles venaient la voir.»